24 février 2009
El Haouaria convoitée par un chinois

Rappelez-vous l'année dernière un prétendant chinois convoitait notre douce Zembra. Depuis plus de nouvelles. Cette année c'est au tour d'El Haouria de recueillir les faveurs d'un nouvel homme d'affaire chinois désireux d'investir les hectares vierges et pures de la promise (ici). Ce fut à Carthage que l'asiatique aspirant présenta ses projets d'avenir à notre cher président. Le chinois salua au passage l'éducation moderne et ouverte du père de la nation qui a su rendre ses richesses naturelles belles et attractives aux riches internationaux prétendants...
Que Bouddha ou la sainte crise puissent épargner notre douce Haouaria des affres de ce prochain méga-mariage arrangé !
23 février 2009
Pacte tuniso-italien de la Jeunesse

Le pacte de la jeunesse initié par le président de la république l'année dernière inaugurait une ère nouvelle dans laquelle les jeunes tunisiens s'invitent au débat national. Cette heureuse initiative que l'on doit à notre gentil gouvernement affiche un tel succès que les autorités italiennes, fascinées par tant de démocratie et de Droit de l'Homme ont décidé de collaborer à la noble cause. Un pacte vient d'être en effet signé entre les deux ministres d'intérieur des deux pays respectifs pour expulser les jeunes clandestins tunisiens de Lampedusa et les obliger à participer au "dialogue global" qu'appelle de ses vœux notre cher président. Ces derniers, heureux de se voir rapatriés gratos au bled et émus de leur future participation au prochain Hiwar achabab, ont crié leur joie dans toute l'île. Par solidarité les habitants de Lampedusa se sont joints à eux et ont même appelé notre cher président à se représenter pour les prochaines élections de 2009.
La reconnaissance portée à l'œuvre de l'artisan du Changement et le courage de notre jeunesse redore le blason de notre pays. La seule question que l'on se pose dans cette histoire c'est la raison du silence de nos médias nationaux qui ne touchent pas mot de cette affaire alors que la planète toute entière parle des exploits de nos jeunes et du chaleureux accueil que leur prépare notre gentil gouvernement...
18 février 2009
Maraboutage de notre chaîne nationale

Notre saint patron national Sidi Belhassen, adepte de la takhmira au hendi, nous initie aux vertus de sa plante épineuse grâce à ses programmes télévisés sur Canal 7. Sa boîte "Hendi prod" maraboute depuis peu notre chaîne nationale en s'arrogeant des prime-time à gogo et en raflant toutes les redevances de pub qui vont avec le gâteau. Elle nous diffuse sur les ondes nationales les enseignements mystiques du marabout. Sa savante culture du fric, du flous, du blé, du bling bling divertit le peuple et fait recette.
Devant tant de spiritualité et de sagesse, inclinons-nous humbles citoyens et implorons la Baraka du saint. Prions pour les pauvres concurrents de "Hendi prod" dont le talent et la compétence n'a aucune chance de rivaliser avec le pouvoir d'un patron de divine essence...
PS: Prochains marabouratges à suivre sur DEBATunisie...
15 février 2009
Les flamants roses fêtent la Saint-Valentin

Le journal Maghreb Confidentiel dans son numéro 867 nous rapporte que le projet de Sama Dubai, "Porte de la méditerranée" est au point mort. Les autres mégaprojets émiratis, ajoute-t-il, sont tout aussi menacés. La crise n'épargnera donc personne. Dans cette triste histoire, nos milliardaires émiratis déprimés qui risquent de se jeter sur les rails, ne sont pas autant à plaindre que nos milliers de jeunes à qui l'on a promis du travail. Cette promesse d'emploi fut l'argument clef qu'utilisa l'État pour légitimer l'implantation d'une colonie de milliardaires sur les berges du lac. La propagande se chargea par la suite de nous présenter cette opération de spéculation immobilière pour riches en un projet présidentiel à vocation sociale pour les jeunes. De nombreux journalistes ne manquèrent d'éloge pour les mégaprojets. D'aucuns d'entre eux aujourd'hui ne souffle mot du possible retrait des émiratis et deviennent de fait complices des fausses promesses de l'Etat. Je pense particulièrement à ces web magazines qui se targuent pourtant d'une certaine indépendance (tel BusinessNews) et qui continuent à garder le silence.
Mégaprojets: illusion collective de modernité?
Au-delà de la propagande on ne peut ignorer qu'il y avait un réel engouement pour ces mégaprojets de la part de nos concitoyens. Deux raisons expliquent cet enthousiasme: une raison concrète liée à l'impact économique positif espéré par de telles opérations. Cette raison reste défendable malgré l'absence de chiffres. Ensuite, il y a la raison symbolique. Celle-ci se nourrit d'une certaine vision de la modernité et du progrès à laquelle ces mégaprojets semblent répondre. C'est sur cette compréhension de la modernité que porte ma critique. J'ai déjà expliqué que les images à la Starwars (ici) utilisées par les promoteurs pour nous vendre leurs villes évoquent un urbanisme dépassé des années 70 composé de tours et de parcs à l'américaine. Il n'est nul besoin d'être ingénieur pour comprendre que leurs projets sont très consommateurs d'espace et d'énergie et que le bétonnage d'une sebkha à l'écosystème fragile ne répond pas aux défits de la ville écologique de demain.
Mais surtout c'est le montage même de l'opération qui reflète l'archaïsme de ce projet. En effet, nos élus nous ont mis devant le fait accompli en nous présentant la maquette d'une ville de 900 hectares, comme un sultan qui impose à ses sujets les contours d'une nouvelle citadelle. Ce même Sultan bienfaiteur nous expliquera que ses nouveaux palais fortifiés donneront du travail aux artisans et aux esclaves. Sans consulter ses vizirs ni même ses architectes, le sultan en aura décidé ainsi. Vous me concèderiez, qu'à quelques éléments près, ma métaphore n'est pas très éloignée de la réalité. Je rappelle à cet effet que la convention signée entre l'État et le promoteur reste jusqu'à ce jour inaccessible et que d'aucuns des acteurs locaux, des citoyens ni des professionnels du bâtiment, n'ont étés impliqués, encore moins concertés pour un projet sensé pourtant leur être adressé!
Décidons nous même de notre modernité
Mes amis, la modernité ne peut pas être le fait du prince, elle ne peut être que collective. Ces belles images de villes futuristes ne doivent pas masquer notre exclusion programmée de l'avenir de notre Cité. Il ne s'agit pas de se réjouir de la crise mais de se dire que la conjoncture actuelle aura le mérite de nous avoir au moins épargnés de projets écologiquement dangereux et socialement discriminatoires. On aura ainsi le temps de réfléchir un peu plus sur l'avenir de ce patrimoine naturel et de préserver les parades amoureuses de ces flamants roses qui depuis des millénaires avaient élu le lac de Tunis comme une de leurs nombreuses stations de migration. Souhaitons leur une joyeuse Saint-Valentin en espérant que la prochaine intervention sur la bouhaïra leur restitue leur cadre et les épargne de toutes les pollutions humaines conduites au nom d'une compréhension erronée de la modernité et du progrès...
(Lire aussi le post de Carpe Diem que je salue au passage !)
10 février 2009
Reportage exclusif dans l'Usine Nationale du Changement
Les journalistes indépendants en Tunisie sont une espèce en voix de disparition. Les rares qui survivent dans cette jungle hostile subissent la chape de plomb du régime et leur travail s'épuise par la lutte qu'ils mènent contre les injures et les menaces. Parallèlement à ces "résistants", une colonie de journalistes d'un autre type sévit dans l'espace public. Ils passent leur temps à divertir le peuple et à l'éloigner du débat politique. Parmi eux une catégorie particulière est chargée de la propagande. Ceux là opèrent par les grands médias de masse, télés, journaux et radios. Ils portent la même marque de fabrique. Le blog DEBATunisie s'est introduit dans les usines de montage de ces spécimens et vous livre ce reportage exclusif. Vous y apprécierez la technologie de pointe, secret défense, développée depuis 21 ans...



05 février 2009
Journalistes frappés par la foudre mauve

Quand un journaliste franchit la ligne mauve
Dans le pays des jasmins on chante la liberté d'expression et des Droits de l'Homme. Cette liberté est circonscrite dans les limites d'un cercle étroit au contour mauve. Le ou la journaliste qui s'aventure en dehors de ce périmètre s'attire la colère des Dieux: ainsi en est-il de la radio dissidente Kalima qui à peine s'est elle mise à émettre sur une onde ultra-mauve que les foudres du ciel lui sont tombés sur la tête. Ses locaux furent perquisitionnés et une enquête judiciaire s'est ouverte contre ses journalistes. Pareil pour Le journal Attariq qui a osé publier l'interrogatoire d'un des dirigeants du mouvement social du bassin minier. Le journal n'a pas trop attendu pour que des ciseaux sortent des nuages et viennent couper en morceaux son dernier numéro.
A l'intérieur du cercle mauve
A l'intérieur de ce cercle qui ne dépasse pas les 7 mètres de rayon, une culture de journalistes langues de bois prolifère depuis 21 ans. Une densité humaine qui dépasserait celle de Gaza y est maintenue en vie grâce à une minable perfusion de 200 dinars par mois. Leur travail se résume à débiter à longueur de journée des mauveries et des changementeries de toute sorte. Ce n'était peut être pas trop cher payé pour de telles bêtises, mais tout de même, il y avait un seuil en dessous duquel même nos laudateurs les plus zélés pouvaient se révolter. C'est ce qui s'est d'ailleurs produit il y a plus d'une semaine lorsque 150 journalistes et techniciens avaient manifesté leur grogne et menacé de faire une grève de la faim (ici). Heureusement que le ministre de la communication, sous instruction du grand patron, avait plaidé leur cause en acceptant de les augmenter. Dans la une de l'organe du parti (journal "El Houria"), un journaliste expliquait cette générosité par la volonté de l'État, notez bien, de défendre le Droit des médias et de promouvoir la liberté d'opinion!
Encore une fois l'État magne avec habilité ses contradictions: d'un côté il s'attaque sans vergogne à la liberté d'expression de journalistes indépendants, et de l'autre il cède à des revendications matérielles de journalistes complaisants et ce au nom de la liberté d'expression ! Dans l'art de l'hypocrisie, avouez que l'on ne peut pas faire mieux!





