29 mars 2009
Fête de la Jeunesse: hommage unanime au président

Ainsi selon un article de la Presse paru le 21 Mars :"Le nombre important de jeunes ayant signé
jusqu’ici le Pacte de la jeunesse tunisienne atteste l’adhésion des
jeunes Tunisiens au projet réformateur du Président Zine El Abidine Ben
Ali, leur attachement et leur fidélité à la patrie et leur engagement à
contribuer au développement de la Tunisie, à défendre ses intérêts et à
rehausser son prestige dans le concert des nations."
No comment.
(Autre post sur la question ici)
22 mars 2009
Fête de l'Indépendance: Bourguiba témoigne

On peut aimer ou détester Bourguiba mais on ne peut l'occulter des commémorations de l'indépendance tel que ce fut encore le cas lors du 53ème anniversaire du 20 Mars dernier. Ainsi à part notre gentil président, qui dans sa dernière allocution a timidement mentionné le nom du combattant suprême (ici), il semblerait que personne d'autre que lui n'avait le droit de faire allusion à son encombrant prédécesseur. Surtout pas notre fumeur invétéré du mauve, Mouldi Mbrek qui à mon avis mérite d'être interné en urgence pour hallucination aigüe ou alors pour amnésie critique. Ainsi, pour ce journaliste de la Presse, dans son article (ici), l'indépendance n'a été consolidée et scellée que par l'œuvre de notre président Ben Ali. Pareil pour la journée de la femme, Mouldi Mbarek écrira: "la femme est au cœur du projet de
civilisation que les Tunisiennes et les Tunisiens édifient patiemment
depuis l’avènement du 7 novembre 1987" (ici). Pour résumer sa brillante pensée, Il nous explique avec une conviction d'un enfant de trois ans, que depuis l'antiquité les tunisiens n'attendaient qu'une chose: l'avènement du 7 Novembre.
Laisser écrire de telles balivernes dans les médias nationaux est une manière d'officialiser la posture révisionniste du Gouvernement. Ce travestissent de l'histoire au profit de bas intérêts électoraux nous montre combien nos dirigeants n'ont rien retenu de la leçon de la colonisation qui fut, à l'époque aussi, une machine de réécriture de l'histoire. Bourguiba ne fut pas non plus un exemple en la matière lui qui s'en tailla une sur mesure.
Pour conclure, j'aimerai m'adresser à l'auteur du blog Diana MagaZine qui ne comprend pas pourquoi ce que certains blogeurs récupèrent la fête du 20 Mars pour fustiger l'actuel gouvernement au lieu de rappeler l'Histoire de l'Indépendance et d'honorer la mémoire des martyres: mon cher "Legend Of The Fall", toi qui sembles aimer les contes de princesses et les légendes d'automne tu as évidement le droit de te limiter à une lecture romantique de l'Histoire. Par contre tu ne peux pas ignorer la pertinence des propos des blogueurs anti-mauves surtout en de telles occasions. Je pense même qu'il y a plus d'hommage rendu à l'esprit de lutte et d'indépendance dans leur posture critique que dans ta contemplation passive de l'évènement historique...Se complaire dans le passé dans une conjoncture aussi liberticide que celle d'aujourd'hui, c'est ne retenir que l'aspect superficiel du 20 Mars 1956.
(voir le post de Carpe Diem sur la question)
18 mars 2009
Qardhawi, la Femme et les carottes du régime

La dernière visite de l'Imam Qardhawi aurait pu passer inaperçue si elle n'avait revêtu un caractère officiel. En effet, Le tapis mauve que lui a déroulé le ministre de la culture et les Unes que lui ont consacré les médias ont suscité un vif débat dans la blogosphère. Les Laïques y on vu une menace contre les acquis progressistes amenés par Bourguiba tandis que les conservateurs se sont réjouis du retour à la normale de la Tunisie qui se réveille enfin de sa laïque léthargie made in occident. Un dialogue de sourd entre les uns et les autres a noyé toute possibilité d'entente sur la sempiternelle question de la laïcité et de l'Islam.
Sans vouloir me mettre au dessus de ce débat, sur lequel j'ai ma propre opinion, je voudrai rappeler encore une fois que Islam ou laïcité ne sont que les carottes qu'agite le régime au gré des circonstances et du public visé. Rappelez-vous que lors de la journée de la femme du 8 Mars dernier, notre gentil gouvernement, comme chaque année, récupère à son compte le code du statut personnel de Bourguiba et se félicite des progrès acquis en faveur des femmes. Quand on sait qu'une semaine plus tard, ce même régime n'a vu aucune contradiction à accueillir officiellement un des imams les plus rétrogrades en la matière on comprend combien ce que nos dirigeants jouent des symboles et les instrumentalisent à des fins populistes.

Stratégie des carottes et égarements idéologiques des citoyens
Le régime en mélangeant les genres entretient des clivages et empêche la société de débattre clairement de ses divergences. Sa stratégie consiste à acheter la paix sociale en usant de toutes les voix discordantes que peut produire le corps social. Il les récupèrera à son compte et les mettra en scène dans un simulacre de démocratie. Le vide politique que génère cette comédie fait de l'internet un exutoire des pulsions politiques. La blogosphère en particulier devient la tribune des différentes sensibilités et restitue d'une manière informelle le débat confisqué. Malheureusement cette voie d'expression a tendance à polariser les opinions et à renforcer les clivages. On y entend plus des laïcs dont l'islamophobie dépasse celle de l'extrême droite européenne ou alors des conservateurs dénonçant un complot hourdi par des présupposés agents occultes œuvrant pour le compte d'occidentaux sionistes. Ces confrontations même anecdotiques montrent combien ce que l'absence d'un vrai débat démocratique (ou d'un conseil de Choura pour reprendre une terminologie traditionnelle) égare les citoyens et les éloigne des vraies questions qui concernent le pays. Parmi ces nombreuses questions une me parait prioritaire: la revendication urgente du droit au débat public, droit nécessaire sans lequel aucun débat constructif n'est possible. Voilà un point qui devrait malgré nos oppositions idéologiques constituer un socle commun pour amorcer un véritable progrès dans le pays. Au lieu de cela beaucoup de nos blogueurs se retranchent dans des clivages qui même s'ils existent, font diversion et permettent à Ammar, notre censeur national, de se réjouir de leurs querelles inutiles.
Totalitarisme post-moderne
En attendant l'avènement espéré d'une véritable démocratie, notre gentil régime continuera à jeter autant de carottes qu'il n'y aura de sensibilités politiques. Fûssent-elles libérales, socialistes, écologistes, progressistes ou conservatrices rien ne semble perturber son soucis de cohérence à part l'unique et seule ligne politique cohérente qu'il a toujours défendu: celle de son autopréservation...
Ainsi mes amis, vous qui redoutiez l'islamisation du régime ou vous qui avez peur de son occidentalisation, n'ayez crainte, il ne sera ni l'un ni l'autre, il sera l'un et l'autre. Il s'agit d'un totalitarisme post-moderne qui combine toutes les denrées possibles que lui offrira le marché idéologique. Sa couleur mauve, remarquez, exprime bien cette bâtardise...
10 mars 2009
La Porscherie de Sidi El Materi

Parmi nos marabouts et nos éminents saint-patrons il y a Pierre
de Mateur -alias Sidi El Materi- que je vous ai présenté sur un précédent post. Ce jeune wali, grâce à sa présidentielle alliance,
n'en finit pas de nous épater par ses miracles et ses exploits. Passionné par
les bêtes de somme à quatre roues, notre bling-bling-marabout cumule sous les auspices de sa zaouïa Ennakl (8350m²!), des espèces animales de plus en plus
prestigieuses. Parmi ses dernières recrues de marque, il a introduit
dans son cheptel une race germaine de pur sang nommée Porsche.
Sa procession d'il y a 8 jours (ici)
fut l'occasion d'exhiber sur la place publique sa nouvelle acquisition et tous
les étendards de sa zaouïa. Dans le cortège on comptait plusieurs agents du
gouvernement venus applaudir le jeune prodige et sa fulgurante ascension. Cette
pieuse manifestation nous a montré encore une fois combien sont devenus sacrés les liens qui
unissent l'État et les saint-patrons. Les deux continuent ainsi
à travailler main dans la main pour faire rêver le citoyen et lui promettre un
monde enchanté rempli de mégaprojets, Hummer, Porsch et compagnie.
En ces temps
difficiles de crise mes amis, nous n'avons plus le choix que de croire aux miracles et
d'espérer que la Tunisie demeure la terre d'élection des Dieux et des
saints-patrons... à 99%
"Sidi El Matri" vu par Arabicca ici
09 mars 2009
Ammar célèbre la Femme


Dommage que la fête ne fut que de courte durée...
02 mars 2009
La Presse évoque Lampedusa

Dans un précédent post où j'évoquais l'affaire de jeunes clandestins tunisiens retenus à Lampedusa, j'affirmais à tort que nos médias officiels n'en avaient touché mot. Je n'ai pas imaginé un instant que la propagande puisse se préoccuper de ces jeunes "perturbateurs" qui nuisent à l'image de notre Disneyland-Tunisie et qui pourraient gâcher les festivités de la prochaine réélection de notre gentil président. C'était sans compter sur l'inventivité et l'imagination de nos journalistes de la presse qui à force de fumer du mauve voient du rose là ou ça vire au noir. C'est ainsi que dans cet article de la Presse nos comiques osent nous rapporter que nos jeunes clandestins félicitent le président qui a daigné s'intéresser à leur misérable condition. Ces fumeurs invétérés du mauve rajoutent en plus que le maire de Lampedusa salue l'attention particulière accordés par la Tunisie à ses ressortissants. Ils ont juste oublié de nous évoquer les scènes de liesses populaires où des italiens auraient exprimé leur soutien au président Ben Ali et leur reconnaissance à sa politique avant-gardiste...
L'hypocritocratie
Cette manière de retourner en faveur du régime le malheur de ces jeunes n'est pas sans nous rappeler la couverture des évènements du bassin minier où nos journalistes n'ont retenus de tout le mouvement social avec son lot de morts et de prisonniers que la prétendue politique présidentielle d'encouragement de PME (ici)... Ce procédé de désinformation devenu tellement habituel dans notre pays procède d'une philosophie de gouvernance particulière que l'État semble avoir adopté depuis 20 ans. Nous ne pouvons pas éternellement relever la cécité des journalistes et caricaturer leur articles sans rappeler qu'une volonté politique se cache derrière ce contrôle acharné des médias. Cette pratique s'explique en partie par la crainte de nos dirigeants de voir "la masse" réagir aux situations de crise qui frappent le pays. l'idée d'une possible empathie des masses envers les mouvements sociaux effraie l'État au point que la censure, l'occultation ou le travestissement de l'information s'érigent en institution étatique. Ce que je désigne par hypocritocratie c'est cette gestion consciente et rationnelle du mensonge. Maintenant, il nous reste à expliquer les motivations d'une telle politique. Est-ce seulement la protection du régime et les intérêts particuliers de la classe dirigeantes ou est-ce un paternalisme étatique bienveillant qui décide à notre place de nos sentiments, de nos idées et de notre intérêt général ?
C'est sur cette question ouverte mes amis que je clos ce post. En ce qui me concerne je reste convaincu que les meilleures intentions sont salies lorsqu'on use de tels moyens. Il ne s'agit pas seulement d'une éthique du pouvoir mais d'une méthode efficace de gouvernance qui mise sur la transparence et la critique pour rectifier et ajuster son action au profit de l'intérêt général...





