18 juillet 2009
Pluralisme à la sauce tunisienne

Hypocritocratie
Notre gentil État qui se veut démocratique, est en réalité un parfait exemple de système "hypocritocratique" (néologisme de mon cru 2009). Dans ce blog j'ai souvent évoqué le cas des médias tunisiens officiels. J'en ai distingué deux catégories: les hypocrites actifs, telle La Presse, pour ne citer que ce journal. Ses journalistes n'ont appris durant toute leur existence qu'à flatter "l'avant-gardisme de notre illustre président". Leur fanatique Moudi M'Barek pousse le vice jusqu'à vouer un véritable culte au Divin Ben Ali.
Ensuite vient la catégorie des hypocrites passifs. Je citerai en exemple ces nouveaux webzines tenus par des jeunes type businessnews ou WMC qui applaudissent sans retenue les soit-disant progrès du pays éludant au passage toutes les questions qui fâchent. Leur design moderniste n'est qu'à l'image des progrès du pays qu'ils ne cessent de vanter: pure pacotille. De la forme dénuée de tout fond.
Multipartisme de façade
Ce qui m'intéresse aujourd'hui c'est cette question tellement essentielle de pluralisme politique. Si j'aborde ce thème, important surtout en période électorale, c'est suite aux dernières agressions perpétrées contre le parti PDP (dont certains membres furent molestés lors d'un déplacement à Sidi Bouzid sous le regard passif des forces de l'ordre), ou encore la censure du dernier numéro de leur journal (qui justement relevait cette attaque et le silence complice du ministre de l'intérieur). Si cette intimidation des opposants politiques n'a rien de nouveau dans notre pays, il est toujours bon d'évoquer ces atteintes à la liberté, histoire de nous soulager un petit coup et montrer aux générations futures, que nous nous en foutions pas comme doivent le penser ces autistes qui nous dirigent.
Ce qui vient d'arriver au PDP témoigne encore une fois combien ce multipartisme tant vanté par l'État, est la pire des hypocrisies lancée en 1999 par Ben Ali lui-même. Deux catégories d'opposants s'y côtoient. Ceux qui se tiennent aux consignes dictées par le régime et les autres qui luttent comme ils peuvent contre la machine du parti présidentiel. Il s'agit, ni plus ni moins, d'une mise en scène qui ne s'adresse pas vraiment au citoyen tunisien. Ce dernier, après un demi-siècle de dictature, a perdu son sens civique. Des principes aussi simples et essentiels que le pluralisme politique, la liberté d'expression ne font plus partie de ses exigences. Le régime se complait parfaitement dans cet apolitisme général qui lui donne carte blanche pour agir en toute liberté et impunité.
A Chaque public son spectacle
Ce spectacle monté de toute pièce se destine principalement aux observateurs internationaux. Le système Ben Ali reconnu à l'étranger pour ses vertus nocives contre les barbus et sa prétendue modernisation du pays veut vernir son image et se rendre plus sympathique aux yeux de ses soutiens occidentaux. Cependant, cette comédie n'échappe plus au tunisien qui, même s'il se désintéresse de la chose publique, n'est pas dupe et connait très bien la réalité du pluralisme à la tunisienne: Ce pluralisme n'a jamais été un débat entre des courants d'idées ou des tendances politiques. Il est et il reste un partage d'intérêts entre des individus d'un club select proches du président, qui débattent d'abord de l'avenir de leurs familles ...et peut-être, pardon pour cet oubli, de l'avenir du pays.
Voici donc le vrai pluralisme à la tunisienne:

07 juillet 2009
Ammar débordé par le mouvement anti-censure

09 mars 2009
Ammar célèbre la Femme


Dommage que la fête ne fut que de courte durée...
05 février 2009
Journalistes frappés par la foudre mauve

Quand un journaliste franchit la ligne mauve
Dans le pays des jasmins on chante la liberté d'expression et des Droits de l'Homme. Cette liberté est circonscrite dans les limites d'un cercle étroit au contour mauve. Le ou la journaliste qui s'aventure en dehors de ce périmètre s'attire la colère des Dieux: ainsi en est-il de la radio dissidente Kalima qui à peine s'est elle mise à émettre sur une onde ultra-mauve que les foudres du ciel lui sont tombés sur la tête. Ses locaux furent perquisitionnés et une enquête judiciaire s'est ouverte contre ses journalistes. Pareil pour Le journal Attariq qui a osé publier l'interrogatoire d'un des dirigeants du mouvement social du bassin minier. Le journal n'a pas trop attendu pour que des ciseaux sortent des nuages et viennent couper en morceaux son dernier numéro.
A l'intérieur du cercle mauve
A l'intérieur de ce cercle qui ne dépasse pas les 7 mètres de rayon, une culture de journalistes langues de bois prolifère depuis 21 ans. Une densité humaine qui dépasserait celle de Gaza y est maintenue en vie grâce à une minable perfusion de 200 dinars par mois. Leur travail se résume à débiter à longueur de journée des mauveries et des changementeries de toute sorte. Ce n'était peut être pas trop cher payé pour de telles bêtises, mais tout de même, il y avait un seuil en dessous duquel même nos laudateurs les plus zélés pouvaient se révolter. C'est ce qui s'est d'ailleurs produit il y a plus d'une semaine lorsque 150 journalistes et techniciens avaient manifesté leur grogne et menacé de faire une grève de la faim (ici). Heureusement que le ministre de la communication, sous instruction du grand patron, avait plaidé leur cause en acceptant de les augmenter. Dans la une de l'organe du parti (journal "El Houria"), un journaliste expliquait cette générosité par la volonté de l'État, notez bien, de défendre le Droit des médias et de promouvoir la liberté d'opinion!
Encore une fois l'État magne avec habilité ses contradictions: d'un côté il s'attaque sans vergogne à la liberté d'expression de journalistes indépendants, et de l'autre il cède à des revendications matérielles de journalistes complaisants et ce au nom de la liberté d'expression ! Dans l'art de l'hypocrisie, avouez que l'on ne peut pas faire mieux!
04 novembre 2008
Avec nous, la femme d'Ammar dit NON !

20 octobre 2008
Et si l'on avait sifflé l'hymne tunisien ?
La marseillaise a été sifflée lors du match France Tunisie le 15 Octobre dernier. Les journalistes relayés par les blogeurs y ont trouvé l'occasion de polémiquer sur le pour ou le contre du sifflement. Certains le défendant au nom de la liberté d'expression d'autres le condamnant en tant qu'outrage aux symboles de l'Etat. Les sociologues y ont vu une manifestation inconsciente du mal-être des beurs, ou encore l'occasion de régler le contentieux colonial si tant est que les auteurs du sifflement soient des français d'origine maghrébine.
Au delà de cette interprétation sociologique, ou de la lecture manichéenne des journalistes la véritable question pour nous citoyens est de savoir si le foot peut être le véhicule d'une conscience politique effective?
Par le sifflement de l'hymne national français, une catégorie de jeune a rappelé encore une fois que la France souffre d'un problème social lié à l'immigration. Nul ne se fait d'illusion quant à l'incidence de ce message sur la classe politique française ni quant à sa teneur citoyenne. Cette action constitue tout au plus une aubaine pour la droite sarkozyste qui y puise de nouveaux arguments pour stigmatiser sa population d'origine étrangère et conforter son conservatisme nationaliste.
Au risque de choquer certains de mes compatriotes jaloux de leur identité, s'il y avait ce soir un potentiel d'une véritable action politique ça aurait été en sifflant non pas la marseillaise, mais l'hymne tunisien. Cet hymne devenu l'otage de notre régime aurait mérité une petite leçon spectaculaire au stade de France. J'aimerai rappeler qu'entre l'Etat français ou l'Etat tunisien il n'y a
pas photo, c'est ce dernier qui étouffe sa jeunesse depuis tellement longtemps.
Et pourtant c'est là que notre jeunesse vivant en Europe, ou ayant entrepris le voyage pour suivre la partie, est restée muette...tellement muette que notre presse nationale s'est félicité de sa discipline et de son patriotisme. AS-Sabeh, sans siffler mot des sifflements va jusqu'à relever que: "le coup
d'envoi a été précédé de l'hymne national tunisien, repris en chœur
par le public" sous-entendu que nos moutons tunisiens disciplinés non seulement ne sifflent pas mais en plus bêlent en choeur le Houmet el Hima. Bref nos tunisiens par leur silence autant que les beurs par leur sifflements ne font que redorer le blason de leurs régimes conservateurs.
C'est pourquoi j'en suis à penser que
ceux qui emplissent les stades ressemblent plus à
des moutons lobotomisés qu'à des citoyens dont on peut espérer le salut.
Cependant, si le foot en France demeure simplement une machine de divertissement qui peut accessoirement refouler des odeurs de protestation, en Tunisie, par l'inexistence d'une société civile, le foot devient une énorme machine de diversion et un enjeu politique de taille dans lequel l'Etat investit l'argent public pour cantonner les pulsions populaires dans le strict périmètre du stade.
Cette même foule manipulée, même dans les affaires proprement footbalistiques n'est pas capable de revendiquer ses droits. L'énergie dépensée à chanter en choeur son hymne national ou ses chants d'équipes l'aveugle et l'empêche de protester contre la corruption qui infeste ce milieu, ou encore de défendre le stade Chedly Zouiten convoité par un promoteur et qui risque de passer à la trappe (voir http://www.facebook.com/home.php#/group.php?gid=41340232568).
Faire disparaitre cet équipement sportif pose encore le problème du bradage du bien commun au profit de l'intérêt particulier...
C'est dire que finalement les seuls capables de siffler en Tunisie sont les oiseaux...
26 septembre 2008
Les fantasmes de Ammar...

Depuis la réouverture de Facebook et la sanction sévère contre Ammar accusé d'avoir fait de l'excès de zèle, ce dernier s'est mis à lâcher du lest. Il a réouvert les vannes de l'internet et a pu nourrir ses fantasmes oubliés d'un net libre et débridé.
L'abstinence que nous recommande d'observer le saint mois de Ramadan ne nous a pas empêché de profiter avec lui de cette journée carte blanche de Youtube et Dailymotion à volonté.
Dommage que cette bouffée d'air frais ne fut que de courte durée car Ammar fut très vite ramené à l'ordre et reprit ses activités.
26 août 2008
Ammar honoré par le président de la République

"Le Président
Zine El Abidine Ben Ali a honoré, hier matin, le champion tunisien Ammar qui a remporté les ciseaux d’or aux Jeux de censure internationale de Pékin.
Le Chef de
l’Etat a félicité le tunisien pour sa dernière excellente performance (le 404 Facebook) lui prodiguant ses encouragements et l’assurant que toutes
les conditions propices seront réunies pour lui permettre de se
préparer au mieux aux prochains rendez-vous, de réaliser
davantage de performances et d’honorer l'internet tunisien dans les
manifestations internationales.
Le Président de la République a décoré Ammar des insignes de Grand Officier de l’Ordre de la République, en considération pour ses efforts, son sérieux, sa persévérance et sa combativité, ainsi que pour son engagement à hisser encore plus haut les couleurs de la Tunisie dans les manifestations internationales."
(Lu à peu près dans La Presse du 26 Août 2008 )
PS: Et pour ceux qui pleurent FaceBook en Tunisie, qu'ils n'oublient surtout pas que des luttes plus importantes s'imposent...
31 juillet 2008
Charlie Hebdo: Caricatures, deux poids deux mesures...
Par ce post, je voudrai évoquer une affaire qui secoue la presse française. Il s’agit d’une histoire d’autocensure qui révèle les tabous et les interdits de la société française.
Tout a commencé par le « renvoi » du polémiste et caricaturiste Siné du journal satirique Charlie Hebdo suite à un article jugé antisémite.
Rappelez-vous, ce même journal avait défrayé la chronique en republiant les fameuses caricatures blasphématoires. (En ce qui me concerne j’étais pour la diffusion de ces caricatures car je considère que c’est un mal nécessaire à la liberté d’expression même si je comprends tout à fait que ces dessins puissent choquer de nombreux musulmans)
Beaucoup de lecteurs de l’hebdo s’étonnent donc aujourd’hui que ce journal qui incarnait pour eux la liberté d’expression se rebiffe lorsque est heurtée la sensibilité des juifs.
Les signataires d’une pétition de soutien à Siné relèvent «le deux poids deux mesures» de Philippe Val directeur de Charlie Hebdo.
Voici, la phrase de Siné, d’apparence anodine, qui a déclenché la fureur de Philippe Val :
«Il (parlant de Jean Sarkozy) vient de déclarer vouloir se convertir au judaïsme avant d’épouser sa fiancée juive et héritière des fondateurs de Darty . Il fera du chemin dans la vie ce petit’ »
Le même qui laissait passer dans son journal certains clichés tels que Musulman = terroriste potentiel, Curé = pédophile, censure le cliché : juif = argent.
L’éviction du caricaturiste expliquée par Philippe Val :
- Philippe Val dans son édito du 30 Juillet, justifie son acte contre Siné en arguant d’abord de sa responsabilité en tant que directeur de journal. Il craignait les menaces d’un procès que risquerait de lui intenter Jean Sarkozy. Un proche du fils du président l’avait d’ailleurs contacté pour le mettre en garde.
Philippe Val avait donc proposé à Siné de s’excuser pour éviter de se retrouver au tribunal chose que le caricaturiste avait catégoriquement refusé au nom de la liberté d’expression.
(La crainte de Val montre qu’en France aussi, depuis l’ère Sarkozy, l’on a peur de la famille du président)
Pourtant Val n’avait pas présenté d’excuses à ceux qui ont pu être heurtés par les caricatures blasphématoires et n’a pas craint le procès que lui avaient intenté certaines associations musulmanes. Contre lesquelles d’ailleurs il avait gagné.
-Deuxième argument de Val: le caractère antisémite de la phrase.
Selon lui, en plus de la fausse rumeur (la conversion de Jean Sarkozy au judaïsme) Siné colporterait un préjugé antisémite selon lequel Jean Sarkozy devenant juif grâce à ce mariage intéressé, se rapprocherait des hautes sphères financières et économiques et que donc il fera du chemin (puisqu’il s’agit de la fille d’un français juif milliardaire patron de Darty). Bref pour Val, Siné réutilise le poncif juif=argent.
Autant pour le premier argument, nous pourrions nous tunisiens habitués à nous autocensurer lui excuser sa crainte légitime de se retrouver en procès contre les Sarkozy, autant pour le deuxième, et c’est mon avis, je trouve que Philippe Val cède un peu trop à cette bonne conscience moralisatrice qui fait feu de tout bois dés lors que se dégage une odeur suspecte d’antisémitisme.
Pour faire face à tous ceux qui doutent encore du caractère raciste de l’article (et ils sont nombreux ) Philippe Val balance en conclusion de son édito la preuve de ce contre quoi il accuse Siné : un enregistrement radio d’il y a longtemps où, effectivement, Siné déclare haut et fort sous l’emprise de l’alcool, qu’il est antisémite.
La preuve est faite, la sentence est tombée. Tel un inquisiteur du moyen âge, Philippe Val excommunie sur la place publique un apostat tenant pour preuve les propres aveux du condamné.
Différence entre l’antisémitisme et l’Islamophobie en France :
Si en France les propos Islamophobes (tels que ceux d’un Redeker ou d’un Finkielkraut) ou des propos contre les catholiques restent permis, c’est bien parce que l’ont a admis que l’Islam comme le catholicisme seraient assimilables à des idéologies comme pouvaient l’être le communisme ou le nazisme. L’islamophobie ne s’attaquant pas à une communauté mais à une idéologie ne serait donc pas une forme de racisme.
Par contre l’antisémitisme n’étant pas un rejet d’une idéologie, mais plutôt une haine contre une communauté en l’occurrence la communauté juive, serait donc une forme de racisme.
(L’antijudaïsme serait selon cette même logique toléré puisqu’il s’attaquerait seulement à la religion. Et pourtant dans la pratique, l’antijudaïsme comme l’antisionisme relèvent pour certains intellectuels d’une forme dévoyée d’antisémitisme.)
Mais alors, si les juifs (pratiquants ou pas) font partie d’une communauté dite "peuple juif", descendants du royaume de David, en quoi ce que cette appartenance serait moins idéologique que les musulmans (pratiquants ou pas), qui se considèrent comme faisant partie de la "oumma musulmane"?
Ou l’on s’accorde pour considérer que tout est idéologique et que la construction d’une communauté, d’une nation ou d’une religion reste une construction idéologique ni plus ni moins, et que de s’attaquer à des clichés sur les juifs, les français ou les musulmans (j’assume le mélange des genres ) reste une critique de société.
Ou alors on considère que la communauté, la nation ou la religion seraient constitutives de groupe étanches et que par conséquent, cessons en effet toute critique envers ce qui, ni plus ni moins, deviendrait des races.
En ce qui me concerne, je préfère penser que toute est idéologique. Mais je nuance en ajoutant que les idéologies surtout religieuses, et ce par leur ancienneté, deviennent pour le meilleur ou pour le pire constitutives d’identités figées. On peut ainsi parler d’une communauté musulmane allant du Maroc jusqu’en chine et qui peut être autant heurtée que les juifs lorsque l’on rie de ses symboles.
Que faire des clichés ?
Le poncif qui relie le juif à l’argent est un fantasme que projettent les non juifs sur ces derniers. Il est certes explicable par le recours à l’histoire mais il n’en demeure pas moins un fantasme que ni les statistiques ni les données sociologiques ou historiques peuvent confirmer.
En effet, de manière générale, (et je m’excuse d’emblée de ces raccourcis que je vais faire) beaucoup de juifs aussi bien en Europe qu’en Orient et depuis le moyen âge, se sont dévolus, entre autres, à l’usure ( prêt de l’argent avec un taux d’intérêt ) car cette pratique fut interdite pour les musulmans et les chrétiens.
On imagine facilement comment ce que cette conjoncture à elle seule pouvait suffire à faire naître des fantasmes et un tas d’autres clichés sur la présupposée richesse, le prétendu communautarisme, avarice et tout le reste.
En réalité, l’idéologie juive est peut être plus le résultat des projections des autres que de ce que les juifs eux même auraient décidé de se choisir comme idéologie. Sartre disait à juste titre que l’antisémitisme crée le juif (quelque chose du genre en tout cas)
De nombreuses théories conspirationnistes sont nées de cela, laissant penser que les juifs par leurs réseaux, leur puissance financière, comploteraient pour la domination de la planète.
Inutile de rappeler les conséquences dramatiques qu’ont suscités les pogroms russes et puis surtout l’horreur de
C’est ce passage qui continue aujourd’hui à traumatiser ceux qui se disent juifs.Il est normal que dès lors qu’on leur colle l’étiquette juif=argent ces derniers puissent sentir la menace d’un conspirationnisme latent.
Maintenant que l’on ait accepté cela, passons aux clichés qui collent aujourd’hui aux musulmans.
De même que pour ceux qui se disent juifs, ceux qui se disent musulmans se voient l’objet de fantasmes et de projections que leurs collent une grande partie de la société occidentale.
Les dernières vagues d’émigration de maghrébins vers la France, ou de trucs vers l'Allemagne ont concerné une population musulmane pauvre qui s’est vue reléguée dans des ghettos ( Les « Cités » sont des quartiers en cul de sac isolés comme le furent les quartiers juifs ).
Ces groupes, malgré des politiques d’intégration, se sont sentis exclus et non représentés.
Une résistance symbolique est née de cela, donnant lieu à une manifestation de leur différence par l’ostentation de leurs croyances.
Si le port du voile, la sympathie affichée de certains envers les terroristes, la violence des jeunes contre les forces de l’ordre, relevaient de la lutte sociale, beaucoup de citoyens et d'analystes occidentaux y ont vu des signes du Djihad, de la guerre sainte, de l’oppression des femmes et j’en passe... Des fantasmes dont Sarkozy a su tirer profit pour voler les voix de l’extrême droite.
Aujourd’hui il y a une banalisation de la stigmatisation du musulman exactement comme ce fut le cas pour le juif et que l’on cesse de ressasser que l’antisémitisme est différent de l’islamaphobie. Les juifs n’ont jamais constitué de race, ils sont au même titre que les musulmans, une communauté qui partage un patrimoine symbolique, une idéologie et des étiquettes qu'on leur a collées au front.
Rappelons que le racisme reste le jugement qui porte sur la couleur de la peau.
Le sexisme, ou l’homophobie seraient philosophiquement plus proches du racisme car ils relèvent aussi du jugement basé sur des attributs génétiques ou psychologiques non choisis.
Ainsi, de deux choses l'une:
- ou bien l’on interdit purement et simplement la critique qui porte sur les idéologies. On aura au moins le mérite d'avoir été cohérent.
- ou bien l’on tolère l’antisémitisme* au même titre que l’on tolère aujourd’hui l’islamophobie. Solution qui me semble toute aussi cohérente que la première avec l'avantage d'élargir la marge de liberté d'expression mais avec le risque de voir se multiplier les dérives.
Cette seconde alternative appelle à la responsabilité de ceux qui traitent de ces questions. Elle leur tolèrera la provocation et l’usage de clichés au nom de la liberté d’expression. Le laxisme de cette alternative devra distinguer l’humour, la caricature du jugement arrêté ou de la vérité scientifique, sans quoi il tomberait dans l'appel à la haine, la diffamation ou le racisme.
Le jeu demeure très subtil bien entendu, et je peux en témoigner moi-même qui me lance aujourd’hui dans une « carrière » de caricaturiste blasphématoire du 2009.
Conclusion :
Je crois que pour résumer ma pensée, Philippe Val a manqué de cohérence en pensant bien faire. La liberté d’expression qu’il a su défendre en heurtant l’ « idéologie » de ceux qui se disent musulmans aurait dû servir aussi à accepter de heurter l’idéologie de ceux qui se disent juifs.
Si j’assume le faite que l’on se dise juif ou que l’on se dise musulman plutôt que l’on est juif ou que l’on est musulman c’est parce que je m’oppose profondément à la thèse essentialiste. On ne nait jamais quelque chose, on le devient en prenant ce qu’on nous donne, ou en choisissant nous même.
Pour la couleur de la peau, par contre, à moins d’être Michael Jackson, on naît avec et on reste avec.
A bon entendeur salut !
* Je suis conscient du danger de cette phrase qui dit tolérer l'antisémitisme au nom de la liberté d'expression. Si je m'autorise cette déclaration c'est parce que je défends l'hypothèse que le juif n'est pas une catégorie raciale, mais une idéologie religieuse et communautaire qui peut faire l'objet d'une hostitlité au même titre que l'Islam, le communisme ou l'idée de nation. Je ne partage nullement cette hostilité, mais je peux concevoir que certains puissent l'avoir. Peut être faudra inventer un autre mot. Le terme "antisémite" est trop chargé pour l'employer librement. Pour Un Philippe Val, je suis sûr qu'une telle déclaration serait censurée...
02 juillet 2008
1er Juillet, la blogosphère s'exprime !






