06 novembre 2009
Jacques Doucinaud sauve la Tunisie

La Tunisie est rassurée. Critiquée par tous les comploteurs colonialistes de la planète, jaloux qu'ils sont de nos progrès et de notre avant-gardiste président, nos journalistes de la presse sauvent notre honneur grâce au témoignage inspiré d'un certain Jacques Doucinaud. Lisez son article et rendormez-vous, notre pays se porte à merveille: ici
07 octobre 2009
Le régime recueille les derniers soutiens...
Soyez reconnaissants chers amis à ce blog qui vous a tenu informés, une année durant, de tous les comités et associations qui ont soutenu la candidature du président Ben Ali pour un 5ième mandat. Des martiens aux tibétains, en passant par les habitants du Djellaz ou encore l'Union Nationale des Aveugles et j'en passe et des meilleures, Le blog DEBATunisie a toujours été au rendez-vous pour vous faire vivre en direct ces grands moments de démocratie.
Mais la fête n'est pas finie! le régime continue à nous épater par ses nouvelles trouvailles. Alors qu'on pensait qu'il avait épuisé tout son stock d'associations et de comités soumis à sa cause, voilà qu'à quelques jours des élections présidentielles ses bureaucrates malins qu'ils sont, ont su nous dégoter de nouveaux soutiens là où personne ne s'y attendait!
Soutien des sinistrés de Redeyef
Quand le pays s'était trouvé sous l'eau à cause d'une terrible inondation qui a fait plus de 17 morts dans le sud, les organes de propagande n'ont rien trouvé de mieux à nous communiquer que les message de l'UGTT, l'UTICA, l'UTAP, l'UNFT, l'OTM et j'en passe, qui remercient et félicitent le président Ben Ali pour les mesures d'urgence qu'il aurait pris (ici). Dans un pays qui se respecte, le président et son gouvernement auraient été tenus responsables d'une telle catastrophe puisque c'est à eux qu'incombe la mission d'équiper et de protéger les zones habitables contre de telles intempéries. Mais dans le pays des jasmins, tout est bon pour redorer l'image du régime. Même les catastrophes naturelles votent Ben Ali!

Soutien des femmes chefs d'entreprise du quartier de Abdallah Guech
Moins tragique, mais tout aussi bien trouvé, un article de la Presse d'aujourd'hui nous annonce le soutien à Ben Ali des femmes chefs d'entreprise (Le Blog DEBATunisie confirme que les boutiquières de Abdallah Guech font partie du comité de soutien). Dans l'article en question (ici) celles-ci soulignent leur adhésion aux "orientations" du président Ben Ali et expriment leur fierté de la présidence par Mme Leïla Ben Ali, épouse du Chef de l’Etat, de l’Organisation de la Femme arabe ainsi que de sa contribution éminente à l’impulsion de l’action arabe commune et à la promotion du statut de la femme arabe. Que du beau !

Chers amis, Je compte bien couvrir les derniers soutiens d'ici le 25 Octobre, en espérant qu'après la victoire de Ben Ali le régime ne démarre pas directement sa campagne de 2014 afin que nous puissions évacuer de nos esprits quelques semaines au moins cette odeur nauséabonde de générale hypocrisie...
21 juillet 2009
Dans la république des aveugles, le borgne gagne à 99%
Je m'excuse d'avance pour le cynisme de ce post, mais j'ai eu du mal à résister aujourd'hui au ridicule de cet article paru à la une de La Presse du 20 Juillet, dans lequel on nous apprend ceci:
" L’Union
nationale des aveugles de Tunisie (Unat) a réitéré son soutien total à
la candidature du Président Zine El Abidine Ben Ali à l’élection
présidentielle de 2009, afin que la Tunisie continue sa marche sur la
voie du progrès et de la prospérité. Dans un communiqué rendu public, à l’issue de sa réunion, samedi, à Tunis,
le bureau élargi de l’Unat souligne que ce soutien est fondé sur la
mise en valeur des succès enregistrés par la Tunisie, sur les plans
économique, social et culturel, au cours des deux dernières décennies,
grâce à la politique judicieuse du Président Zine El Abidine Ben Ali" (ici)

Franchement, oser utiliser ces pauvres gens pour plaider leur minable cause, avouez que c'est quand même bien lamentable de la part de nos propagandistes!
22 mars 2009
Fête de l'Indépendance: Bourguiba témoigne

On peut aimer ou détester Bourguiba mais on ne peut l'occulter des commémorations de l'indépendance tel que ce fut encore le cas lors du 53ème anniversaire du 20 Mars dernier. Ainsi à part notre gentil président, qui dans sa dernière allocution a timidement mentionné le nom du combattant suprême (ici), il semblerait que personne d'autre que lui n'avait le droit de faire allusion à son encombrant prédécesseur. Surtout pas notre fumeur invétéré du mauve, Mouldi Mbrek qui à mon avis mérite d'être interné en urgence pour hallucination aigüe ou alors pour amnésie critique. Ainsi, pour ce journaliste de la Presse, dans son article (ici), l'indépendance n'a été consolidée et scellée que par l'œuvre de notre président Ben Ali. Pareil pour la journée de la femme, Mouldi Mbarek écrira: "la femme est au cœur du projet de
civilisation que les Tunisiennes et les Tunisiens édifient patiemment
depuis l’avènement du 7 novembre 1987" (ici). Pour résumer sa brillante pensée, Il nous explique avec une conviction d'un enfant de trois ans, que depuis l'antiquité les tunisiens n'attendaient qu'une chose: l'avènement du 7 Novembre.
Laisser écrire de telles balivernes dans les médias nationaux est une manière d'officialiser la posture révisionniste du Gouvernement. Ce travestissent de l'histoire au profit de bas intérêts électoraux nous montre combien nos dirigeants n'ont rien retenu de la leçon de la colonisation qui fut, à l'époque aussi, une machine de réécriture de l'histoire. Bourguiba ne fut pas non plus un exemple en la matière lui qui s'en tailla une sur mesure.
Pour conclure, j'aimerai m'adresser à l'auteur du blog Diana MagaZine qui ne comprend pas pourquoi ce que certains blogeurs récupèrent la fête du 20 Mars pour fustiger l'actuel gouvernement au lieu de rappeler l'Histoire de l'Indépendance et d'honorer la mémoire des martyres: mon cher "Legend Of The Fall", toi qui sembles aimer les contes de princesses et les légendes d'automne tu as évidement le droit de te limiter à une lecture romantique de l'Histoire. Par contre tu ne peux pas ignorer la pertinence des propos des blogueurs anti-mauves surtout en de telles occasions. Je pense même qu'il y a plus d'hommage rendu à l'esprit de lutte et d'indépendance dans leur posture critique que dans ta contemplation passive de l'évènement historique...Se complaire dans le passé dans une conjoncture aussi liberticide que celle d'aujourd'hui, c'est ne retenir que l'aspect superficiel du 20 Mars 1956.
(voir le post de Carpe Diem sur la question)
02 mars 2009
La Presse évoque Lampedusa

Dans un précédent post où j'évoquais l'affaire de jeunes clandestins tunisiens retenus à Lampedusa, j'affirmais à tort que nos médias officiels n'en avaient touché mot. Je n'ai pas imaginé un instant que la propagande puisse se préoccuper de ces jeunes "perturbateurs" qui nuisent à l'image de notre Disneyland-Tunisie et qui pourraient gâcher les festivités de la prochaine réélection de notre gentil président. C'était sans compter sur l'inventivité et l'imagination de nos journalistes de la presse qui à force de fumer du mauve voient du rose là ou ça vire au noir. C'est ainsi que dans cet article de la Presse nos comiques osent nous rapporter que nos jeunes clandestins félicitent le président qui a daigné s'intéresser à leur misérable condition. Ces fumeurs invétérés du mauve rajoutent en plus que le maire de Lampedusa salue l'attention particulière accordés par la Tunisie à ses ressortissants. Ils ont juste oublié de nous évoquer les scènes de liesses populaires où des italiens auraient exprimé leur soutien au président Ben Ali et leur reconnaissance à sa politique avant-gardiste...
L'hypocritocratie
Cette manière de retourner en faveur du régime le malheur de ces jeunes n'est pas sans nous rappeler la couverture des évènements du bassin minier où nos journalistes n'ont retenus de tout le mouvement social avec son lot de morts et de prisonniers que la prétendue politique présidentielle d'encouragement de PME (ici)... Ce procédé de désinformation devenu tellement habituel dans notre pays procède d'une philosophie de gouvernance particulière que l'État semble avoir adopté depuis 20 ans. Nous ne pouvons pas éternellement relever la cécité des journalistes et caricaturer leur articles sans rappeler qu'une volonté politique se cache derrière ce contrôle acharné des médias. Cette pratique s'explique en partie par la crainte de nos dirigeants de voir "la masse" réagir aux situations de crise qui frappent le pays. l'idée d'une possible empathie des masses envers les mouvements sociaux effraie l'État au point que la censure, l'occultation ou le travestissement de l'information s'érigent en institution étatique. Ce que je désigne par hypocritocratie c'est cette gestion consciente et rationnelle du mensonge. Maintenant, il nous reste à expliquer les motivations d'une telle politique. Est-ce seulement la protection du régime et les intérêts particuliers de la classe dirigeantes ou est-ce un paternalisme étatique bienveillant qui décide à notre place de nos sentiments, de nos idées et de notre intérêt général ?
C'est sur cette question ouverte mes amis que je clos ce post. En ce qui me concerne je reste convaincu que les meilleures intentions sont salies lorsqu'on use de tels moyens. Il ne s'agit pas seulement d'une éthique du pouvoir mais d'une méthode efficace de gouvernance qui mise sur la transparence et la critique pour rectifier et ajuster son action au profit de l'intérêt général...
14 janvier 2009
Danse macabre autour des Droits de l'Homme

Pour les défenseurs d'Israël, les Droits de l'Homme est un concept relatif
Israël chouchou de l'occident et poste avancé de la "civilisation", se permet au nom de la protection des biens matériels de ses colons de Sderot, de pilonner Gaza, une des zones les plus peuplées au km² au monde. Sans nier que les tirs des roquettes du Hamas ont bien tué une dizaine d'hommes en dix ans, il n'en demeure pas moins que tuer 100 hommes par jour reste une réponse scandaleusement disproportionnée n'en déplaise à Glucksmann qui ose justifier cette disproportion (Article "Gaza, une riposte excessive ?", publié le 06 Janvier 2009 sur LE MONDE.FR ). Celui-ci conclut cyniquement "Au Proche-Orient, on ne se bat pas seulement pour faire respecter une règle du jeu, mais pour l'établir". Cette règle du jeu, cela va de soi, ne pouvant être fixée que par Israël. Dans la tête de ce monsieur il semble évident que depuis 1948 les habitants d'origine sont inaptes à participer à l'établissement d'une quelconque règle, barbares comme ils sont.
Cet espèce de Mouldi Mbarek à la sauce sioniste, n'est pas le seul à user d'acrobaties rhétoriques pour nous faire avaler des couleuvres. De manière générale et depuis le début de l'offensive contre des civils de Gaza, ils sont nombreux à se creuser les méninges pour nous expliquer que ce qui vaut pour Israël ne vaut pas pour les autres. Alexandre Adler piégé par Tarik Ramadan concèdera qu'en effet, les Droits de l'Homme "sont à géométrie variable" ( "Ce soir ou jamais" France 3 le 08 Janvier 2009 ).
Du côté de nos Glucksmann tunisiens
Dans cette triste histoire, nos Mouldi Mbarek et compagnie savourent leur victoire. En effet, face au silence des médias occidentaux et des timides protestations des défenseurs des Droits de l'Homme, nos laudateurs du mauve ne ratent pas cette occasion en or pour dénoncer ceux-là même qui montrent du doigt le régime tunisien. Noureddine Hlaou frère jumeau de Mouldi Mbarek nous pond de sa plume cet article revanchard (ici) où il s'insurge carrément contre "une poignée de «pseudo-défenseurs» des droits de l’Homme recrutés au sein de certains milieux gauchisants qui n’ont donc plus aucun crédit." milieux qu'il ne se gêne pas de citer :" Qu’il s’agisse des syndicats SUD et FSU, du Parti communiste français, du Parti français des verts, de la Ligue française des droits de l’Homme, du CedetiM ou encore du Remdh (soi-disant Regroupement euroméditerranéen des droits de l’Homme)". Pour lui il s'agit rien de plus que de comploteurs dont l' "objectif essentiel étant d’essayer vainement de dénigrer et de faire du mal". Ce journaliste nous révèle un scoop: les défenseurs des droits de l'Homme sont une incarnation du diable. Vous admettrez que devant la médiocrité affligeante du style, comparer nos propagandistes de la Presse à BHL, Glucksmann & co, c'est déjà trop les honorer.
Conclusion
L'actualité donne de l'eau au moulin de nos comiques. Ces marionnettes de la Presse qui n'ont soufflé mots des évènements du bassin minier tunisien se trouvent réconfortés depuis que la "communauté internationale" toute entière s'est jointe à leur hypocrisie. En laissant Israël "fixer les règles du jeu", cette communauté autoproclamée, relativise l'idée des Droits de l'Homme et donne, de fait, raison à ceux qui y voient un concept à "géométrie variable" ou un prétexte pour "faire du mal". A chaque bombe on ratisse un bout de l'Universel au profit de vils intérêts communautaristes, politiques ou idéologiques. Une danse macabre autour des gravas des Droits de l'Homme, unit en ce moment les protagonistes des régimes autoritaires et les extrémistes de tout bord. Tous ensembles se réjouissent de la chute de ce qui menace leurs dogmes.
Encore une fois, on nous dira aussi que la démocratie est à géométrie variable ou pire encore, la démocratie est un complot de l'occident dominateur qui cherche à nous "faire du mal"!
06 janvier 2009
Soutien à Gaza confisqué

Depuis l'offensive sauvage contre Gaza, beaucoup de tunisiens se sont indignés contre cette attaque et chacun y va de ses pleurs ou de sa haine pour condamner Israël et l'Occident complice. Je ne pense pas poser ma candidature au concours d'indignation nationale même si je partage pleinement ce sentiment de dégout et d'injustice. Je voudrai plutôt focaliser mon post sur la couverture de l'évènement par la propagande tunisienne pour montrer qu'une indignation d'un autre type se doit aussi d'émerger.
La récupération de l'indignation
Depuis l'annonce des frappes, La Presse tunisienne y va crescendo dans sa solidarité envers nos "frères palestiniens" usant de tout son arsenal de belles plumes qu'on lui connait. Le talentueux Mouldi M'Barek, qui sait nous donner la chaire de poule, nous dit tout ému qu'il est:"le Président Ben Ali est dans le cœur
de toutes les familles palestiniennes et de tout Palestinien qui
connaît la chère Tunisie, son histoire et son illustre dirigeant".(ici) Mouldi M'barek nous explique ici de manière métaphorique que le rayonnement ultra-mauve de notre illustre dirigeant arrive jusqu'à Gaza et protège les familles palestiniennes des bombardements israéliens.
Moins métaphysique, le comique deuxième catégorie N.Hlaoui nous décrit ici toutes les mesures de solidarité entreprises en faveur des sinistrés. Il nous évoque l'avion chargé de vivres et de médicaments, la journée de don de sang et l'ouverture d'un compte postal pour la collecte de dons...tant de généreuses actions dont l'initiative revient d'abord au ...Président. Le soutien de celui-ci à la cause palestinienne, nous dit le journaliste, ne date pas d'hier. Notre chef de l'Etat est tellement adoré dans ces contrées que le syndicat des journalistes palestiniens l'avait élu personnalité de l'année 2006... Si des laudateurs du type Mouldi M'Barek sévissent aussi en terre sainte alors le drame palestinien est bien plus profond qu'on ne le pensait.
Dans un style plus mécanique, La Presse nous rapporte des communiqués ici et là émanant de différents organismes ( UMA, UTICA, ordre des pharmaciens ...):
Tous bien-entendu condamnent Israël mais concluent exactement par la même formule:" les membres du ... saluent, par ailleurs, les mesures de
solidarité initiées par le Chef de l’Etat pour alléger les souffrances
du peuple palestinien, exprimant leur disposition à participer à
l’initiative présidentielle" vous pouvez vérifier par vous même ici, ici ou encore ici.
Par cette rengaine où chaque protagoniste salue le président pour son soutien à la cause, Gaza ne semble plus être l'objectif de la mobilisation, mais bien un instrument utilisé pour redorer l'image du régime.
La confiscation de l'indignation
Si la récupération politique reste supportable lorsqu'elle débouche sur des aides humanitaires telles que celles citées précédemment, elle devient scandaleuse lorsqu'elle s'accapare complètement de la cause et qu'elle prive la société civile de se mobiliser en toute indépendance. Ce fut le cas le 1er janvier où l'État avait autorisé une manifestation pour Gaza. Mais voilà que les cravatés du parti prennent le devant de la marche et qui, lorsque décident de mettre fin à leur mascarade, envoient les forces de l'ordre disperser la foule en priant les citoyens de rentrer chez eux. Les amis d'Attariq (ici), Tunisia Watch (ici) et d'autres blogs encore nous rapportent les faits. La Presse quant à elle nous informe que la société civile était représentée dans son ensemble en concluant avec la sempiternelle formule: "Les participants à la marche de solidarité
ont salué le soutien total apporté par le Président Zine El Abidine Ben
Ali au peuple palestinien et à sa juste cause" (ici)
En d'autres termes, il s'agissait d'une marche de soutien non pas à Gaza, mais à notre "illustre dirigeant". Cette attitude montre combien ce que l'Etat méprise la masse et tente de canaliser ses moindre pulsions en sa faveur.
Pour une indignation plus constructive
Israël agit en toute impunité parce qu'elle sait que l'Europe est très mal placée pour lui donner des leçons. La culpabilité de la seconde guerre mondiale pèse encore lourd sur les consciences des dirigeants européens laissant ainsi a Israël tout latitude d'agir. La chancelière allemande a d'ailleurs soutenu officiellement Israël. Les américains quant à eux appuient délibérément la violence de l'État hébreux car ils y voient une base avancée de leur impérialisme.
Mais aussi, Israël agit en toute impunité parce qu'elle méprise le peuple Palestinien. Elle le considère comme barbare. Elle le juge par ses dirigeants qu'elle qualifie d'obscurantistes -le Hamas- ou de corrompus -Le Fatah (qui effectivement s'est fait corrompre par Israël). Israël méprise de la même manière l'ensemble du monde arabe. Elle utilise les poncifs des anciens colonisateurs européens qui ne voient dans les orientaux que les sujets de pouvoirs despotiques. Elle n'a donc que faire des indignations de nos Ben Ali, Moubarak et compagnie.
Autant nous pouvons nous indigner de toutes les premières raisons que j'ai énuméré, autant l'on doit, sur le dernier point, nous indigner aussi contre nos dirigeants qui décrédibilisent la position arabe, qui font de la Palestine une proie facile et qui confirment malheureusement le cliché du despotisme oriental.
Par l'exemple de la récupération du régime de notre indignation et par de nombreux autres illustrations de confiscation du débat (que je ne cesse de rapporter sur ce blog), je ne fais que confirmer ce que nous tous savons, mais oublions chaque fois que surgit Israël: Dénoncer nos régimes qui ignorent la liberté d'expression, le multipartisme et l'alternance politique!
Même dans d'aussi malheureuses circonstances où l'on constate l'impunité de l'ennemi extérieur, je suis convaincu que nous serions plus constructifs si nous ciblons aussi nos critiques envers notre ennemi intérieur.
N'oublions pas que de toute façon, notre seule action citoyenne possible reste confinée dans les limites de ce que l'on appelle Tunisie. Nous n'avons aucune possibilité d'agir sur ce que l'on appelle "monde Arabe" (si tant est que ce monde existe) tant que notre parole reste confisquée par le régime. Cessons donc de nous lamenter sur le sort des arabes et agissons d'une manière conséquentes d'abord sur notre parcelle.
J'ai envie d'être cynique et de proposer même que l'on récupère à notre tour Gaza comme le fait le régime, pour dénoncer cette chape de "plomb durci" qui pèse sur nous aussi!
11 novembre 2008
Le Mahdi redébarque à El Menzah !

En Tunisie, nous assistons depuis 20 ans à un phénomène étrange qui prend de l'ampleur chaque année: A partir d'halloween, des chiens sortant de nulle part se mettent en rang et aboient à tour de rôle. Ils polluent l'espace public et étouffent par leurs cris les chants des oiseaux. Ils y vont crescendo et d'aboiement en aboiement ils infestent la totalité de la ville. Le septième jour de novembre ils se rassemblent tous pour nous annoncer en chœur l'arrivée du...Mahdi!
Cette année ça fera la 21ème fois que leur messie débarque à la coupole d'El Menzah. Toujours jeune et beau il leur refait le même numéro. Nos chiens l'accueillent toujours avec la même ferveur.
L'avis des spécialistes:
Des théologiens et des vétérinaires se sont réunies à la faculté de la Manouba pour expliquer ce phénomène paranormal. Ils ont émis plusieurs hypothèse que je rapporte ici sur ce blog:
- Selon les théologiens, à de nombreuses périodes de l'histoire, des hommes se sont auto-proclamés messies. Ce qui s'est produit à la coupole d'El Menzah n'est donc pas un cas isolé. Par contre c'est la répétition annuelle du phénomène qui reste exceptionnelle.
- Les vétérinaires focalisent leur attention sur l'invasion canine. Ils pensent qu'une sortie massive de chiens est liée à un trouble comportemental qui atteint les chiots manquant d'affection paternelle. A l'âge adulte, unis par leur détresse, ils se fabriquent ensemble un père imaginaire qu'ils vénéreront à travers des processions rituelles.
- Les théologiens doutent de l'authenticité du Mahdi. Selon la tradition sunnite, le messie ne se présente qu'une seule fois et son âge ne dépasse pas la quarantaine. Pour eux il n'y a pas de doute, il s'agit d'un faux.
- Les vétérinaires proposent de mettre en quarantaine la meute de chiens, car si leur trouble est mental il n'en demeure pas moins contagieux pour certains sujets psychologiquement fragiles.
- Les théologiens parlent d'une usurpation d'identité et préviennent contre les risques de dérives morales qu'un faux Mehdi peut produire sur la société.
D'une seule voix, nos spécialistes évoquent une situation de crise aigüe de la société tunisienne. Pour eux les chiens nécessitent en urgence une thérapie de groupe qui leur fasse retrouver une once de dignité avant que le mal ne se propage sur toute la population. Quant au faux Mahdi il faudrait juste l'isoler. S'il aime jouer aux messies auprès des bêtes, pour sa 22ème prestation ils lui proposent la scène du Belvédère et il n'aura pas que des chiens.
Cette conférence passionnante que j'ai suivie avec grand intérêt montre que les religieux et les scientifiques sont capables de se mettre d'accord lorsque la gravité de la situation l'exige. Sinon il faut être un chien complexé ou un messie illuminé pour ne pas voir combien ce que cette mascarade devient lourde et fatigante.
Puis j'ai envie de dire merde! à ceux qui continuent à penser que c'est pour nous éviter les loups barbus que le Mahdi de Novembre a le droit de nous pendre tous pour ses chiens!
Et pour finir je vous convie à juger par vous même la gravité de la situation par ce témoignage magistral du kelb en chef Mouldi Mbrek qui à mon avis mérite d'être interné immédiatement pour carence critique d'affection paternelle et maternelle! ICI
21 octobre 2008
Les prédictions de Sidi Belhassen
Malgré ma volonté de réduire le rythme de mes posts, je n'ai pu résister à cette information de prime importance que nous relate La Presse d'aujourd'hui ici
C'est de Sidi Belhassen, notre saint patron national, dont il est question. La pays tout entier s'inquiète pour lui. Depuis la crise qui secoue le monde et qui annonce la fin des temps, notre marabout est pris de spasmes. La Presse a dépêché un scribe professionnel capable de transcrire ses élucubrations occultes. Parmi les phrases tangibles, le témoin de la Presse relève le vœu de pénitence du saint. Il l'exprima à peu près dans ces termes:
"Le résultat est là : une grave crise
financière internationale. Au passage, qui peut encore aujourd’hui
légitimer la montée du parasitisme et de l’immoralité de la rentabilité
financière avec la perversité amplifiée du fric pour le fric ?"
Inclinons-nous devant cet étalage de repentance et de moralité. Mais ce n'est pas fini. Sidi Belhassen se lance dans de sombres prédictions pour l'humanité que le scribe traduit de la sorte:
"Si l’actuelle crise financière se
transforme en crise économique, suite à une forte baisse de la
consommation aux Etats-Unis et en Europe, consécutive à la limitation
des crédits, ses conséquences affecteront la Tunisie!!"
Mes amis, si nos marabouts paniquent, c'est que la crise est bien grave. Implorons leur baraka et prions Allah pour qu'Il les protège et qu'Il veille toujours sur leurs intérêts...
03 août 2008
Liesse populaire au Djellaz
Depuis l'annonce de l'acceptation du président Ben Ali de se représenter pour les élections de 2009, se succèdent des voix de soutien que nous relate La Presse:
Le 31 Juillet, ce furent celles de personnalités politiques d'envergure internationale dont le symbolique Mahmoud Abbas (ici). Ensuite, le 1er Août, ce fut le tour du bon peuple de s'exprimer en faveur du président. La Presse évoque des scènes de liesses populaires à Gabès, Kairouan, Monastir, Siliana, Zaghouan, Jendouba, Bizerte et Tataouine (ici). Puis le 2 Août, c'est au tour des associations. On nous évoque le soutien des ô combien civiles associations Basma, Utoj, Otef et autres (ici).
Par contre, est passée inaperçue la liesse nocturne qui a eu lieu ce 3 Août après minuit au Djellaz.
Cet oubli de La Presse est d'autant plus injuste que les manifestants du cimetière ont toujours été de fidèles soutiens au président et qu'à chaque élection ils votent unanimement pour lui.
Les journalistes ont fait preuve d'un manque de professionnalisme en restant au lit alors qu'une procession importante qui s'est achevée avant l'aube, a rassemblé des dizaines de milliers de citoyens revenants.
Par ailleurs dans un autre cimetière, A Monastir, le combattant suprême fêtant son anniversaire a exprimé à sa manière, en se retournant dans sa tombe, son hommage au "défi" que portera le président pour son prochain mandat.
Joyeux anniversaire donc à Bourguiba, et soyons tous là pour 2009!

Scène de Liesse au Djelllaz





