09 mai 2009
On m'a viré du RCD...
J'ai intégré il y a un mois les rangs du RCD. Grâce aux conseils de mon collègue Naoufel Masri, je me suis acheté une belle cravate et un costume mauve de la boutique de l'académie du RCD. Avec ma carte du parti j'ai eu une réduction de 94,9% avec un slip offert. Je me suis pavané avec comme un clown dans les rues de la capitale. J'ai ensuite commencé à assister aux grandes messes du RCD. J'ai très vite acquis le réflexe pavlovien consistant à applaudir et à me mettre debout à chaque mention du nom du Grand Gourou. Au bout de quelques jours ma langue commençait à pendre (comme le chien de Pavlov). Ma compagne ne me reconnaissait plus et elle trouvait que je ressemblais de plus en plus à un cafard. Elle était choquée de me voir mettre toutes mes idées au placard moi qui croyais à la démocratie et à la liberté d'expression. Je lui ai expliqué que j'étais un cheval de Troie, et que j'allais faire la révolution de l'intérieur. Je n'allais tout de même pas vendre mon âme pour un chiffon mauve et un slip offert?
Effectivement, j'organisais en secret avec quelques jeunes collègues (Naoufel a malheureusement décliné mon invitation) des réunions pour réfléchir à la transformation du RCD en CDR: Club de Distraction pour Retraités. Ce changement permettra à nos anciens mauves de se réunir autant qu'ils le veulent, d'aduler leur gourou, de disposer d'une chaine privée (on leur laisse canal 7), d'éditer un journal (on leur laisse la Presse) et de jouir d'un immeuble en plein cœur de la capitale (qu'ils gardent surtout leur tour). On pourrait même équiper cette tour d'un Jacuzzi, d'un centre de SPA et de salles de chkobba, Rami et Belote (il y a tellement d'espace inutilisé). Sur toute la république on leur réhabilitera leurs cellules du parti en hôtels de charme pour qu'ils puissent y loger lors de leurs excursions en bus mauve. (On leur peindra les bus jaunes, misslech, on en achètera de nouveaux!). On leur laissera tout ce qu'ils veulent, mais pitié, qu'ils nous laissent vivre dignement dans ce pays!
Mon plan secret n'avait rien de révolutionnaire, au contraire il était une réponse à une réalité que tous les tunisiens connaissent. Et d'ailleurs un certain Zine el Abidine avait déjà fait ce coup il y a de cela 20 ans. Son projet était beaucoup plus facile parce qu'il n'avait à mettre en retraite qu'une seule personne (un certain Bourguiba). Moi je vois plus grand et je crois que le seul Vrai Changement plausible consiste à mettre en retraite l'intégralité de ce vieux parti qui a pris en otage le pays tout entier depuis un demi-siècle.
Mon projet trop ambitieux a déplu à mes camarades et ils ont très vite fait de me dénoncer. Immédiatement je fus viré du parti...

S'il y a une chose qui m'a interpellé durant mon court passage auprès des mauves, ce sont ces jeunes qui se font vieux et qui radotent les mêmes chansons que leurs aïeux. Tel ce Naoufel Masri et toute sa clique du Hiwar Achabab. Ces marionnettes sont en réalité poussière comparés à la stature du jeune prodige Sidi-El-Materi, gendre du grand gourou et membre du comité central du parti. Ce dernier, croit incarner la Tunisie de Demain. Il me l'a d'ailleurs exprimé en ces mots cassants dans un commentaire qu'il a publié en personne sur mon blog (ici): "faites le millième de ce que je fais pour ma patrie et ma religion, non faites le millionnième et la Tunisie s'en portera mieux que n'importe quel pays au monde. à toi et à tous les jaloux : montez d'un cran! soyez à la hauteur de la civilité à laquelle vous "voulez" aspirer". Je confirme qu'effectivement je ne peux pas faire ni le millième, encore moins le millionième de ce que tu fais, mais n'oublie pas mon cher Sakhr que je n'ai pas le milliardième de ce que tu as! Et ce n'est point de la jalousie ce n'est qu'un constat. Je te souhaite d'ailleurs encore plein de bonheur et j'aurais voulu garder un lien d'amitié avec toi pour faire partie des galas de ta nouvelle zaouïa du Canada:

Après toutes ces émotions, chers amis, je suis retourné au bercail auprès de ma tendre compagne. Elle était contente que je me sois débarrassé de ma veste mauve et de mon slip tue l'amour. La Sebkha était toujours chaleureuse et bouillonnante de vie. Dés mon arrivée j'ai pu attraper un des plus gros poissons d'avril: Un clandestin émirati qui s'est embarqué dans une méga-radeau de fortune et qui depuis la crise a pris l'eau...

Droit dans les yeux je lui ai dit: "Ne faites pas le millième de ce que vous faites pour la patrie et la religion, non ne faites pas le millionnième et la Tunisie s'en portera mieux que n'importe
quel pays au monde. A toi et à tous les bling bling "religieux" de ton espèce, restez humbles c'est tout ce que l'on vous demande: descendez d'un cran!
soyez à la hauteur des citoyens! c'est tout! " (Merci encore à Sakhr de m'avoir inspiré cette belle formule) et encore bye bye Sama Dubaï!
15 février 2009
Les flamants roses fêtent la Saint-Valentin

Le journal Maghreb Confidentiel dans son numéro 867 nous rapporte que le projet de Sama Dubai, "Porte de la méditerranée" est au point mort. Les autres mégaprojets émiratis, ajoute-t-il, sont tout aussi menacés. La crise n'épargnera donc personne. Dans cette triste histoire, nos milliardaires émiratis déprimés qui risquent de se jeter sur les rails, ne sont pas autant à plaindre que nos milliers de jeunes à qui l'on a promis du travail. Cette promesse d'emploi fut l'argument clef qu'utilisa l'État pour légitimer l'implantation d'une colonie de milliardaires sur les berges du lac. La propagande se chargea par la suite de nous présenter cette opération de spéculation immobilière pour riches en un projet présidentiel à vocation sociale pour les jeunes. De nombreux journalistes ne manquèrent d'éloge pour les mégaprojets. D'aucuns d'entre eux aujourd'hui ne souffle mot du possible retrait des émiratis et deviennent de fait complices des fausses promesses de l'Etat. Je pense particulièrement à ces web magazines qui se targuent pourtant d'une certaine indépendance (tel BusinessNews) et qui continuent à garder le silence.
Mégaprojets: illusion collective de modernité?
Au-delà de la propagande on ne peut ignorer qu'il y avait un réel engouement pour ces mégaprojets de la part de nos concitoyens. Deux raisons expliquent cet enthousiasme: une raison concrète liée à l'impact économique positif espéré par de telles opérations. Cette raison reste défendable malgré l'absence de chiffres. Ensuite, il y a la raison symbolique. Celle-ci se nourrit d'une certaine vision de la modernité et du progrès à laquelle ces mégaprojets semblent répondre. C'est sur cette compréhension de la modernité que porte ma critique. J'ai déjà expliqué que les images à la Starwars (ici) utilisées par les promoteurs pour nous vendre leurs villes évoquent un urbanisme dépassé des années 70 composé de tours et de parcs à l'américaine. Il n'est nul besoin d'être ingénieur pour comprendre que leurs projets sont très consommateurs d'espace et d'énergie et que le bétonnage d'une sebkha à l'écosystème fragile ne répond pas aux défits de la ville écologique de demain.
Mais surtout c'est le montage même de l'opération qui reflète l'archaïsme de ce projet. En effet, nos élus nous ont mis devant le fait accompli en nous présentant la maquette d'une ville de 900 hectares, comme un sultan qui impose à ses sujets les contours d'une nouvelle citadelle. Ce même Sultan bienfaiteur nous expliquera que ses nouveaux palais fortifiés donneront du travail aux artisans et aux esclaves. Sans consulter ses vizirs ni même ses architectes, le sultan en aura décidé ainsi. Vous me concèderiez, qu'à quelques éléments près, ma métaphore n'est pas très éloignée de la réalité. Je rappelle à cet effet que la convention signée entre l'État et le promoteur reste jusqu'à ce jour inaccessible et que d'aucuns des acteurs locaux, des citoyens ni des professionnels du bâtiment, n'ont étés impliqués, encore moins concertés pour un projet sensé pourtant leur être adressé!
Décidons nous même de notre modernité
Mes amis, la modernité ne peut pas être le fait du prince, elle ne peut être que collective. Ces belles images de villes futuristes ne doivent pas masquer notre exclusion programmée de l'avenir de notre Cité. Il ne s'agit pas de se réjouir de la crise mais de se dire que la conjoncture actuelle aura le mérite de nous avoir au moins épargnés de projets écologiquement dangereux et socialement discriminatoires. On aura ainsi le temps de réfléchir un peu plus sur l'avenir de ce patrimoine naturel et de préserver les parades amoureuses de ces flamants roses qui depuis des millénaires avaient élu le lac de Tunis comme une de leurs nombreuses stations de migration. Souhaitons leur une joyeuse Saint-Valentin en espérant que la prochaine intervention sur la bouhaïra leur restitue leur cadre et les épargne de toutes les pollutions humaines conduites au nom d'une compréhension erronée de la modernité et du progrès...
(Lire aussi le post de Carpe Diem que je salue au passage !)
24 janvier 2009
Retraites dorées au Texas et à ... Sama Dubai

Le mégaprojet émirati Sama Dubai qui semblait mis en veille (ici) réapparait dans les colonnes du n°863 de "Maghreb confidentiel". En effet, ce journal qui déniche souvent des informations très confidentielles, nous apprend cette fois que Moubarak et Abbas convoiteraient des villas de luxe sur les berges du Lac.
Cette information nous éclaire un peu plus sur l'avenir du lac de Tunis:
Nous savions déjà que la plupart des lots seront vendus à de riches retraités occidentaux. Maintenant nous savons qu'un quartier très sécurisé sera destiné aux dictateurs vendus orientaux... La Tunisie confirmera ainsi son caractère universel de terre d'accueil !
31 octobre 2008
Fini le bal des mégaprojets
Les médias officiels tunisiens adorent les grandes annonces, les bonnes nouvelles, les évènements heureux, tout ce qui peut détendre l'atmosphère et garder le tunisien dans son nuage de consommateur idiot. Mais voilà, une fois la joyeuse info sortie, le lendemain elle se fait enterrer ni vue ni connue. Parmi les bonnes nouvelles restées sans suite je voudrai évoquer les "heureuses" annonces des mégaprojets. Personne n'a oublié ces articles de la presse tunisienne qui vantaient les mérites de de ces projets et qui nous présentaient les investisseurs comme de doux missionnaires épris d'humanisme et de désintéressement
Zembra
Rappelez-vous du mariage arrangé entre notre douce Zembra et le gros investisseur chinois qui avait pour elle de beaux projets d'avenir. Cette union autorisée par le président de la république nous a été présentée par les journalistes comme une romance solide comme le béton. Leur mariage fut célébré le jour même à Carthage en grande pompe. Mais depuis nos témoins de la presse ne nous ont soufflé mot de leurs noces ni surtout de leurs divorce. Car divorce il y a eu, sans que personne n'en sache les réelles raisons(ici).
La presse amnésique nous sort par la suite quelques articles tel que celui apparut le 5 octobre sur Tunisie Affaire au titre séducteur "Clin d'œil de Zembra aux investisseurs !"(ici). Comme si rien était, le web-magazine nous apprend donc que Zembra est de nouveau sur le marché et qu'il ne reste plus qu'aux prochains prétendants de convaincre Carthage....
C'est peut être pour ne pas éveiller de doutes sur la virginité du site naturel de la promise que les médias se sont empressée de mettre aux oubliettes son dernier mariage avorté.
Bizerte
En février 2008 les médias nous annoncent que l'italien Ernesto Preatoni allait investir 27 milliards de dinars dans la région de Bizerte et que son projet immobilier -présenté encore à Carthage- promettait 30.000 postes d'emplois. Le ô combien businessime journal web nous fait part de cela ici. Mais voilà, ce même journal ne semble pas réagir à l'info parue le 23/10 sur Maghreb confidentiel et qui dit ceci:
"L’homme d’affaires italien "Ernesto Preatoni" est attendu ces jours-ci à Tunis en vue de tenter de sortir de l’impasse son projet de complexe touristique à Tabarka (Nord-Ouest de la Tunisie). Le complexe doit être réalisé, sur douze ans, avec un
investissement de 22 milliards $ ! Mais un différend opposerait l’investisseur aux autorités concernant la superficie du terrain pour
le projet."
Carthage mettrait-elle des bâtons dans les pizzas italiennes ou est-ce encore un coup de nos marabouts qui veulent leur part du gâteau ?
Ne comptons surtout pas sur nos journalistes pour nous éluder ce mystère
Porte de la Méditerranée
Dans un récent post (ici) je vous ai évoqué ce "pavé dans la mare" qu'avait jeté le président du conseil d'administration de Sama Dubaï en annonçant réduire son enveloppe budgétaire de 25 à 1.3 milliards $ limitant ainsi son intervention au périmètre du port de Tunis. Certains me diront qu'il ne s'agit que du coût de la première tranche et que les revenus de celle-ci financeront le reste. Soit. C'est pourtant lui même qui "espère intéresser
d’autres investisseurs
locaux et étrangers pour la
suite du projet" Signifiant par cela qu'il s'en lave les mains du reste. J'aimerai bien que ces journalistes complaisants qui nous ont mis l'eau à la bouche (ici) nous éclairent un peu sur ce qu'ils nous ont fait avaler.
Mes amis, c'est la crise !
Il y a un peu plus d'une année, défilaient à Carthage des supers maquettes portées par des supers investisseurs avec un tas de promesses pour l'avenir récupérées pour les élections de 2009. (ici)
Ces milliardaires capitalistes voulaient spéculer en Tunisie et nous vendre leurs placements comme des projets sociaux sous le regard attendri de notre clairvoyant Etat. Mais voilà la crise de 2008 vient de sonner la fin du bal. Ces investisseurs qui faisaient la queue sur le parvis du palais de Carthage sont en train de sortir discrètement un à un par la petite porte. La consigne officielle dit "chut!" aux journalistes car il ne faudra surtout pas gâcher le prochain grand bal national des élections de 2009 !
22 septembre 2008
Bye bye Sama Dubaï ?

Depuis un an et demi les médias n'ont eu de cesse de nous bassiner avec leurs Mégaprojets.
Celui de Sama Dubaï vient récemment d'être lancé. Nos chantres de la liberté d'expression n'ont pas arrêté d'applaudir et de vanter la sagesse du directeur exécutif de Sama Dubaï, l'éminent Farhan Faraidooni.
Ils en devenaient les portes-parole en nous promettant le plein emploi, le progrès et le bonheur pour tous.
A lire leurs textes, nous en avions les larmes aux yeux.
Et pourtant ces artistes zélés de la plume ne nous ont soufflé mot d'une déclaration faite récemment par Faraidooni ! Une déclaration qui risque de désenchanter plus d'un.
Ainsi, lisait-on dans le numéro 847 du "Maghreb confidentiel":
Le président du conseil
d’administration de Sama
Dubai a récemment jeté un
pavé dans la mare en
déclarant qu’il était hors
de question que son groupe
finance l’ensemble du projet
immobilier 'Porte de la
Méditerranée', estimé à 25
milliards $. Farhan
Faraidooni compte avancer
1,3 milliard $ pour la
première phase, qui doit
débuter à la fin du mois,
mais espère intéresser
d’autres investisseurs
locaux et étrangers pour la
suite du projet
Si les émiratis bloquent leurs financements alors félicitons nous du pavé dans la mare car il nous aura épargné un Ovni sur le lac.
Je propose déjà que l'on restaure le local de Sama Dubaï en écomusée pour sensibiliser les jeunes sur la vie de nos amis les flamants roses...
Je reste honnête car je ne vous promets pas que ce micro-projet puisse employer 140000 chômeurs, dynamiser l'économie du pays ni doubler le revenu par tête d'habitant...
16 septembre 2008
ça y est ! ils arrivent !...

Pas le 10, pas le 12, mais c'est le 11 Septembre qu'ils débarquent! Date apocalyptique pour accueillir le Mégaprojet "Porte de la Méditerranée".
Un cocktail entre intimes a été organisé dans les locaux du lac sud dans lequel furent invités quelques journalistes. Le citoyen z de mon espèce, sans badge d'accréditation, n'a pas eu accès à la conférence de Presse. Vous me direz que c'est bien normal. Mais je persiste à croire que pour un projet extra-terrestre de cette échelle, on aurait quand même pu nous inviter au bal...
C'est donc faute de n'avoir pu assister en direct au show, que je me contenterai d'une revue de presse.
Bref rappel historique
Depuis 2006, la Tunisie a ouvert ses portes à des grands investisseurs immobiliers étrangers. Ont défilé au palais de Carthage des maquettes de villes futuristes portées par des émirs et autres magnas du monde des finances.
Tous proposent des "mégaprojets" qui s'étendent sur des centaines d'hectares destinées à une population aisée majoritairement étrangère.
Afin de ne pas entraver le "business plan" de ces puissants hommes d'affaire, Le gouvernement tunisien n'aura de cesse d'adapter à leur mesure le cadre juridique. L'Etat arguant à chaque fois de sa bonne foi de vouloir dynamiser l'économie et surtout répondre au problème du chômage.
Le PDF qui suit énumère chronologiquement les annonces de mégaprojets telles que les relatent les quotidiens tunisiens:
Mégaprojet "Porte de la Méditerranée"
Ce projet annoncé depuis 2006 est d'autant plus important qu'il occupe tout le lac sud depuis Tunis jusqu'à Radés. Sa surface, 1000 hectares, équivaut à celle de la médina et du quartier européen cumulés. Il ne s'agit donc pas seulement d'un quartier, mais d'une ville toute entière de la taille de la capitale. Cette simple remarque à elle seule pose la question de la légitimité de SAMA DUBAI en tant qu'acteur principal dans la conception et le financement de cette ville nouvelle.
Mais la critique et le doute s'imposent dès lors que l'on apprend que tout se négocie à huit-clos. La convention signée par l'Etat et l'investisseur n'a pas été dévoilée jusqu'à ce jour.
On nous communique via une presse complaisante et au compte-goutte quelques chiffres et quelques vagues promesses tout au plus.
Bien sûr on ne manquera pas de nous abreuver d'images futuristes clinquantes et de beaux discours sur la modernité et le progrès du genre humain.
Résumé de la conférence du 11 septembre
A lire les articles de nos journalistes on n'apprend toujours rien de concret. On a eu droit à encore plus d'images et d'autres promesses le tout agrémenté de beaux slogans humanistes.
- Promesse d'emploi pour les tunisiens:
La Presse relève que la question de l'emploi est épineuse. Toutefois elle nous rapporte ceci: "Sans détour, le président exécutif de Sama
Dubaï a affirmé que la priorité d’embauche sera accordée aux ressources
humaines locales, soulignant au passage que le recours à des
compétences étrangères se fera en cas de besoin"
Malgré l'optimisme affiché, il n'y a rien de nouveau jusqu'à là: Si Sama Dubaï estime que seulement 10% des CV tunisiens prioritaires sont recevables, elle recourra, comme le rappelle le président exécutif, aux compétences étrangères selon ses besoins.
Tant que la convention signée avec l'Etat n'oblige pas le promoteur émirati à respecter un quota, ce dernier peut toujours sortir l'excuse légitime du manque de compétence des ressources humaines locales.
- Promesse d'accessibilité:
Sama Dubaï rappelle à chaque fois que son mégaprojet n'est pas un cul de sac ou une encalve fermée et qu'il reste accessible aux indigènes que nous sommes. Businessnews.com (ici) nous rapporte ceci:
"Le nouveau réseau régional des chemins de fer et les lignes principales
passeront par une station multimodale de transport public qui sera
construite à proximité du projet. Grâce à un transport public
fournissant un accès facile aux administrations, aux immeubles et aux
services, la Porte de la Méditerranée sera aisément accessible à tous
les Tunisiens."
Pour une ville de la taille d'une capitale, on aurait imaginé qu'elle soit irriguée par un réseau de trains, de tramways et de bus . Non, non! il y'aura juste une station "à proximité". Vous n'imaginez tout de même pas voir le bus jaune stationner près des terrains de golf?
- Promesse de prix attractifs pour tous les tunisiens:
Businessnews.com nous rapporte également ceci: "Le projet est encore plus beau quand on sait qu’il sera réalisé par des
Tunisiens et que les Tunisiens ne seront pas exclus lors de l’achat. «
Il y aura des prix encourageants pour toutes les catégories sociales,
dans un premier temps », indiquera dans ce sens Farhan Faraidooni lors
de cette sympathique soirée tenue en présence de tous les médias de
Tunis."
Et en second temps?
On passera aux choses sérieuses: aux yachts, aux golfs et aux villas de luxe pour étrangers ?
Mais notre journaliste invité préférait profiter de la sympathique soirée plutôt que de poser d'embarrassantes questions. D'ailleurs conclu-t-il tout ému qu'il est, par: "La Porte de la Méditerranée aura pour objectif de proposer un habitat pour chaque bourse".
D'aucun ne doute que Sama Dubaï a pour objectif de faire du social et de l'humanitaire.
Honte à ceux qui pensent que nos émiratis veulent faire du profit!
- Promesse environnementale:
La presse nous rapporte laconiquement ceci:" le projet a fait l’objet de plusieurs études d’impact, dont une sur l’environnement."
Et que disent donc ces études?
...Il semble que le résultat de l'étude importe peu. Ce qui compte c'est que des experts se soit penchés sur la question. Que le fragile équilibre de l'écosystème du lac soit rompu n'est pas important à partir du moment qu'on l'ai signalé.
Et puis pensez-vous sérieusement que la vie des flamants roses compte plus que leurs profits?
Je m'arrête là
Rien de nouveau à l'horizon. Juste la silhouette de plus en plus nette d'une énorme soucoupe volante qui s'approche...
Je ne suis qu'une petite mouche qui s'agite vainement dans un troupeau de moutons applaudissant, mais "L'Histoire est jonchée de vaines agitations qui à force de s'agiter
vainement finissent par couler partout dans nos veines... et deviennent
le changement... et font l'Histoire."
(Merci à celui qui m'a laissé ce beau commentaire)
Liens:
http://www.letemps.com.tn/index.php?Date=13092008
http://www.businessnews.com.tn/home/view_article_Business?=&a=1078646
http://www.lapresse.tn/index.php?opt=15&categ=1&news=78570
11 septembre 2008
11 Septembre sur le lac sud

Une dépêche AFP nous informe qu'un mystérieux attentat non encore revendiqué vient de se produire dans les locaux du Lac sud où la maquette d'un mégaprojet émirati vient de subir de graves dommages.
Notre rédaction suivra minute par minute les enquêtes des experts et vous tiendra informés...
28 août 2008
ça se bouscule chez Sama Dubaï

Le guichet des CV :
Il y 'a un mois de cela, un article paru dans le site d'affaire webmanagercenter.com (ici) expose les critères de sélection des futurs employés du mégaprojet "Portes de la méditerranée" de Sama Dubaï.
Les conditions imposées aux candidats mettent la barre aussi haut que les tours prévues par le promoteur:
On leur demande des compétences en haute finance, en marketing international, en stratégie, une parfaite maitrise de l'anglais et j'en passe.
Cela n'a pas empêché nos jeunes diplômés (chômeurs ou pas) d'envoyer leurs CV. La boîte Mail de Sama Dubaï s'en est très vite trouvée saturée.
Mais nos vaillants demandeurs d'emploi ne se sont point découragés. Ces derniers par dépit continuent à balancer n'importe où leurs demandes d'embauche espérant au moins une miette de cet énorme gâteau d'emploi promis par le gouvernement. Certains CV ont même atterri sur mon blog. Leurs malheureux auteurs ont dû penser que mes articles sur Sama Dubaï faisaient de moi une annexe de bureau d'emploi.
Le guichet des gros chèques :
Parallèlement à ce premier guichet saturé qui nous rappelle celui des Visas pour la France, un autre plus discret vient d'ouvrir ses portes et semble aussi, aux dires de certains, accueillir beaucoup de monde. Mais un monde d'un tout autre style: Il s'agit d'étrangers désireux de s'installer dans ces futurs lofts et maisons de luxe ouverts à la vente par le promoteur émirati. En effet, une loi qui facilite l'acquisition de biens immobiliers aux étrangers vient d'être votée en catimini cet été ( le blog Nocturnal Thougths évoque la question ici , on attend encore que le site jurisitetunisie.com mette à jour le décret voté le 10 août )
Cette loi n'a rien de critiquable en soi sauf lorsqu'on la place dans le contexte des mégaprojets et que l'on comprenne la logique de laquelle elle découle. Ce nouveau texte juridique en effet illustre cette curieuse allégeance d'un Etat souverain aux exigences d'un puissant investisseur dont le projet promis n'a rien d'étatique ni de social. L'intérêt général auquel veille la loi est ici dévoyé pour une affaire de gros sous qui profite à des émirs et qui s'adresse en majorité à une population étrangère fortunée.
Cependant, cette loi n'était qu'un secret de Polichinelle:
Les environs 100 000 logements haut standing prévus par Sama Dubaï (sans compter les logements prévus pour les mégaprojets Bled el Ward ou encore Tunis City Sport) dépassent de très loin la demande tunisienne en logement de luxe. Sans compter que la typologie de logements proposés (lofts, duplexes et appartements dans des immeubles de grande hauteur ) ne correspond pas aux standards culturels du tunisien aisé.
Selon les dires de certains urbanistes, le cabinet Ernest & Young chargé de l'étude du mégaprojet ne se faisait guère d'illusion et savait très bien dès le début que la clientèle ciblée ne pouvait être qu'étrangère.
La loi qui vient d'être votée ne fait donc qu'entériner un préalable évident qui devait figurer dans la convention signée entre l'Etat et l'investisseur. Convention qui, dois-je encore le rappeler, reste confidentielle et donc inaccessible aux citoyens que nous sommes.
OK!
Vous me direz que tout ça ne vise qu'à créer une dynamique économique, favoriser l'emploi et que les fins justifient les moyens...
Alors allez-y !
-Toi jeune diplômé, envoie ton CV avant que la nouvelle boîte mail soit saturée. N'oublie pas que tu cours avec des diplômés de Harvard dont seul le titre éclipsera tes années d'étude, tes années d'expérience, ta bonne volonté et tous tes pistons cumulés.
-Toi valeureuse entreprise familiale ayant construit de beaux immeubles pour promoteurs sfaxiens, tu cours avec Bouygues, Arcelor et compagnie. Ne soit pas déçue si leur seul nom suffit à mettre en poussière tes immeubles d' Ennasr ou tes beaux Centres X.
-Toi architecte tunisien, excuse-moi de troubler ton sommeil, il parait qu'on savait même pas que tu existais.
-Toi manœuvrier, maçon, domestique, jardinier, il faudra que tu sois 2 fois plus efficace et 2 fois moins coûteux que ton équivalent chinois ou pakistanais éduqué depuis sa plus tendre enfance à l'exploitation la plus sauvage.
-Et puis Toi encore une dernière fois, oui toi!, qui confond mon blog avec Sama Dubaï, je te le dis en toute franchise: ton cas est vraiment désespéré!
19 mai 2008
TUNIS SPORT CITY et CITE DU SIECLE

Dans un monde meilleur ces 1000 hectares autour du Lac auraient pu être l'enjeu d'un appel d'offre international, dans lequel des équipes concurrentes auraient réfléchi chacune à une proposition digne de l'histoire de la ville, des rapports sociaux et de l'environnement.
Ça aurait pu être l'occasion du premier référendum dans lequel les tunisois auraient eu à choisir entre plusieurs propositions.
Une équipe d'urbanistes, historiens, écologues, sociologues qui connaissent le terrain auraient guidé ce choix pour un vision commune de l'avenir de la Cité.
SAMA DUBAI et le groupe BUKHATIR ont en décidé autrement en nous imposant une vision de cet avenir sans se soucier un instant de notre point de vue et cela sous le regard complaisant de nos élus.
Allez faire un tour sur le site de TUNIS SPORT CITY.
Remarquez que les graphistes ont omis le contexte urbain. Même leur ciel n'a rien de tunisien.
Ils ont simplement transplanté un bout de ville surfait, qu'ils copient et collent chaque fois qu'ils décrochent un nouveau contrat. Leur formule se résume à luxe, golf et sécurité...
L'ancienne Carthage, la Zitouna et tous les saints patrons de Tunis regarderont aussi impuissants que nous cette déferlante immobilière qui n'a de Dieu que le saint profit...
Liens:
www.sportcitiesinternational.com/projects_tunis.html
www.sama-dubai.com
09 avril 2008
La rencontre de Speer et de Disney en Tunisie

La posture critique de ce blog face aux méga-projets émiratis en Tunisie est liée en partie à la méfiance que suscite le mirage Dubaï. Dans ce dernier post je rapporte une synthèse personnelle d'un essai récent intitulé "Le stade Dubaï du Capitalisme" qui s'est fait connaître grâce à la notoriété de son auteur, Mike Davis*, mais certainement par la pertinence de sa critique qui s'achève par cette conclusion assassine :
"Dubaï : la rencontre d'Albert Speer et de Walt Disney sur les rivages de l'Arabie".
(Albert Speer était l'architecte de Hitler)
L'auteur -qui est un anthropologue journaliste américain- connu déjà par un magistral ouvrage très violent contre Los Angeles**, se lance cette fois dans
une diatribe féroce contre Dubaï qu'il considère comme une illustration de
débauche du luxe apocalyptique.
Dans la suite de cet article Je reprends à ma façon les idées qui me paraissent pertinentes:
l'Histoire récente de Dubaï
Mike Davis repère l'année 1976 comme déterminante dans la courte histoire de la Cité. C'est en cette année en effet que fut construit son gigantesque port grâce aux profits du premier choc pétrolier. Mais paradoxalement, le principal atout de Dubaï c'est la maigreur de ses réserves de pétrole aujourd'hui épuisées.
Par son laxisme ambiant, explique-t-il, elle a su intercepter les superprofits du commerce pétrolier et les capitaux iraniens (fuyant la révolution Khomeyniste) pour devenir une plateforme régionale de trafic de tout genre y compris d'alcool de cigarettes d'armes et de blanchiment d'argent par l'immobilier.
Mais c'est l'après 11 septembre qui a contribué a réorienter définitivement vers Dubaï le plus gros des flux d'investissement à savoir celui des dynasties pétrolières saoudiennes qui ont choisi d'investir dans la région plutôt que dans un occident devenu traumatisé et méfiant.
Enfin, l'auteur rappelle les gigantesques profits engendrés par l'invasion de l'Irak qui ont fait du complexe portuaire et de l'aéroport de Dubaï les lieux d'accueil de la machine de guerre américaine.
Cette énumération de conjonctures politiques démontre pour Davis que Dubaï doit beaucoup à la peur et à sa situation en zone de guerre. Il nous explique par ailleurs que si elle a été épargnée des conflits et du terrorisme, c'est que parallèlement à ses affaires officielles, elle conserve probablement un canal ouvert avec les islamistes radicaux.
La politique -ou plutôt le business plan- de Dubaï
L'afflux de tant de capitaux permettait aux dirigeants du pays d'opter librement pour un projet de société. Ces derniers ont plutôt opter pour un projet d'entreprise dans lequel le cheikh Mohammed El Maktoum devenait émir-PDG de la cité-état de Dubaï. Lui même multimilliardaire, collectionneur invétéré de purs-sangs et de super yachts sa seule ligne politique se résume à faire de sa ville le plus grand club privé géré non pas par un gouvernement mais par "une équipe de gestion de portefeuille dirigée par des managers de haut vol" (rappelons l'exemple de Mohammed el Gergawi venu en Tunisie pour présenter la Cité du siècle à la fois en tant que PDG de Dubai Holding et de conseiller exécutif auprès de l'émir).
Ainsi la liberté individuelle, le droit de se syndiquer, de s'exprimer sont des variables du "business plan" et encore moins un "droit inaliénable". La priorité de la politique de Dubaï c'est donc l'encouragement à l'investissement au détriment des plus élémentaires droits humains.
Les investissements en question consistent à faire de la cité à long terme une somme de méga-enclaves privées spécialisées dans des services de luxe high-tech destinés à une population internationale riche consommatrice d'une large gamme de biens, allant des produits de luxe aux parcs à thème le tout garni de restaurants, shoppings, discothèques et prostituées russes.
Une majorité de serfs invisibles
Personne n'est indifférent à la beauté des pyramides d'Égypte. Nous les regardons avec admiration et respect. Mais ce que nous oublions souvent, c'est que des générations d'esclaves ont péri dans l'édification de ces monuments.
Dubaï c'est un peu pareil: Une masse invisible de serfs œuvre discrètement dans les chantiers de la ville. Tout est organisé pour ne pas les voir. Ces derniers, venus d'Asie du sud logent dans des foyers périphériques en plein désert que certains osent comparer aux camps de concentration (ce n'est pas Davis qui fait cette comparaison). Le ministre du Travail des émirats lui-même, nous rapporte Davis, fut scandalisé par l'incroyable état d'insalubrité de ces installations. Ce qui n'empêcha pas les mêmes travailleurs d'être aussitôt arrêtés lorsqu'ils eurent la mauvaise idée de former un syndicat pour obtenir le règlement de salaires impayés et l'amélioration de leurs conditions de vie.
Davis parle d'un vent de révolte qui a commencé à souffler depuis 2004 auquel l'émirat répond par une politique d'expulsion et d'arrestation massive. Pour El Maktoum, nous explique-t-il, faire des concessions sur l'exploitation de la main d'œuvre asiatique signifie remettre en question les fondements même de Dubaï (exactement comme si les pharaons libéraient leurs esclaves pour leurs droits syndicaux. Ça aurait été dommage pour les pyramides)
Conclusion
Cet essai nous donne à réfléchir sur l'avenir que nous promettent ces vendeurs de méga-rêves.
Ne nous sommes-nous pas trop vite emballés ? Avons-nous besoin de lire Mike Davis ou simplement de nous rappeler qu'il y a 30 ans Dubaï n'existait pas pour comprendre que nous livrons nos terres à des bédouins qui ont gagné au loto et qui pensent nous apprendre le progrès en nous emmenant leurs yachts golfs et tours climatisées?
Le bras de fer qui en ce moment même oppose le gouvernement tunisien à Sama Dubaï sur la question de la main d'œuvre à savoir si les émiratis embaucheront des tunisiens ou des serfs sud asiatiques, laisse à penser que nos dirigeants tentent tant bien que mal de sauver les meubles pour injecter un peu de social dans un projet asocial par définition.
Nous attendons en tout cas impatiemment le résultat de cette confrontation...
Sources:
* "Le stade Dubaï du Capitalisme" de Mike Davis, édité en 2007 par les prairies ordinaires et traduit de l'anglais par Hugues Jallon et Marc Saint-Upéry.
**"City of Quartz" éditions La Découverte






