25 octobre 2009
La comédie électorale

Profitons mes amis, de ces dernières heures où la planète toute entière assiste en direct avec nous à cette énorme mascarade électorale. Réjouissons de ces derniers moments avant que les rideaux tombent et que nous nous retrouvions seuls avec notre père fouettard. Celui-ci attend que nos invités et observateurs internationaux partent de la maison pour préparer aux petits turbulents de notre espèce, une belle raclée bien méritée. C'est en ces termes sévères qu'il s'est adressé à nous:
« A l’heure où le peuple tunisien vit au rythme de la campagne électorale de la présidentielle et des législatives, dans une ambiance de liesse incomparable, il existe une minorité infime de Tunisiens qui n’éprouvent aucune gêne, en ce moment précis, à s’en remettre à l’étranger pour quérir le soutien de parties extérieures qu’ils incitent à faire campagne contre leur propre pays et à mettre en doute ses réalisations et acquis »
Et de conclure, le bâton à la main:
«Nous prendrons toutes les mesures que prévoit la loi à l’encontre de semblable comportement, pour peu que la preuve en soit donnée dans l’opération électorale. Dans le même temps, la loi sera appliquée avec la même rigueur contre quiconque émettra des accusations ou des doutes concernant l’intégrité de l’opération électorale, sans fournir des preuves concrètes… »
Faut comprendre papa. Il est très susceptible. Quand nous critiquons sa gestion de la maison il nous coupe la langue grâce aux ciseaux de notre jardinier Ammar. Quand les voisins s'inquiètent de notre situation et que nous leur expliquions par nos mains et nos yeux ce que nous subissons à la maison, notre papa s'en offusque et nous accuse de salir l'image de notre maison et de déshonorer la famille. Il est vrai que notre maison est belle, et que son jardin est bien entretenu. Mais cela autorise-t-il papa à nous couper la langue?
Mais au fait, qui a dit que nous avons besoin d'un papa? Qui a dit que nous sommes une minorité infime?
24 octobre 2009
Les jeux sont faits...

Le suspense est à son comble! Les Tunisiens attendent avec impatience les résultats de cette grande compétition démocratique! Le peuple est divisé entre ceux qui pronostiquent un score inférieur à 95% de ceux qui sont convaincus du contraire. Les paris sont lancés!...
(Ce post a été cité par le quotidien algérien El Watan ici )
07 octobre 2009
Le régime recueille les derniers soutiens...
Soyez reconnaissants chers amis à ce blog qui vous a tenu informés, une année durant, de tous les comités et associations qui ont soutenu la candidature du président Ben Ali pour un 5ième mandat. Des martiens aux tibétains, en passant par les habitants du Djellaz ou encore l'Union Nationale des Aveugles et j'en passe et des meilleures, Le blog DEBATunisie a toujours été au rendez-vous pour vous faire vivre en direct ces grands moments de démocratie.
Mais la fête n'est pas finie! le régime continue à nous épater par ses nouvelles trouvailles. Alors qu'on pensait qu'il avait épuisé tout son stock d'associations et de comités soumis à sa cause, voilà qu'à quelques jours des élections présidentielles ses bureaucrates malins qu'ils sont, ont su nous dégoter de nouveaux soutiens là où personne ne s'y attendait!
Soutien des sinistrés de Redeyef
Quand le pays s'était trouvé sous l'eau à cause d'une terrible inondation qui a fait plus de 17 morts dans le sud, les organes de propagande n'ont rien trouvé de mieux à nous communiquer que les message de l'UGTT, l'UTICA, l'UTAP, l'UNFT, l'OTM et j'en passe, qui remercient et félicitent le président Ben Ali pour les mesures d'urgence qu'il aurait pris (ici). Dans un pays qui se respecte, le président et son gouvernement auraient été tenus responsables d'une telle catastrophe puisque c'est à eux qu'incombe la mission d'équiper et de protéger les zones habitables contre de telles intempéries. Mais dans le pays des jasmins, tout est bon pour redorer l'image du régime. Même les catastrophes naturelles votent Ben Ali!

Soutien des femmes chefs d'entreprise du quartier de Abdallah Guech
Moins tragique, mais tout aussi bien trouvé, un article de la Presse d'aujourd'hui nous annonce le soutien à Ben Ali des femmes chefs d'entreprise (Le Blog DEBATunisie confirme que les boutiquières de Abdallah Guech font partie du comité de soutien). Dans l'article en question (ici) celles-ci soulignent leur adhésion aux "orientations" du président Ben Ali et expriment leur fierté de la présidence par Mme Leïla Ben Ali, épouse du Chef de l’Etat, de l’Organisation de la Femme arabe ainsi que de sa contribution éminente à l’impulsion de l’action arabe commune et à la promotion du statut de la femme arabe. Que du beau !

Chers amis, Je compte bien couvrir les derniers soutiens d'ici le 25 Octobre, en espérant qu'après la victoire de Ben Ali le régime ne démarre pas directement sa campagne de 2014 afin que nous puissions évacuer de nos esprits quelques semaines au moins cette odeur nauséabonde de générale hypocrisie...
18 juillet 2009
Pluralisme à la sauce tunisienne

Hypocritocratie
Notre gentil État qui se veut démocratique, est en réalité un parfait exemple de système "hypocritocratique" (néologisme de mon cru 2009). Dans ce blog j'ai souvent évoqué le cas des médias tunisiens officiels. J'en ai distingué deux catégories: les hypocrites actifs, telle La Presse, pour ne citer que ce journal. Ses journalistes n'ont appris durant toute leur existence qu'à flatter "l'avant-gardisme de notre illustre président". Leur fanatique Moudi M'Barek pousse le vice jusqu'à vouer un véritable culte au Divin Ben Ali.
Ensuite vient la catégorie des hypocrites passifs. Je citerai en exemple ces nouveaux webzines tenus par des jeunes type businessnews ou WMC qui applaudissent sans retenue les soit-disant progrès du pays éludant au passage toutes les questions qui fâchent. Leur design moderniste n'est qu'à l'image des progrès du pays qu'ils ne cessent de vanter: pure pacotille. De la forme dénuée de tout fond.
Multipartisme de façade
Ce qui m'intéresse aujourd'hui c'est cette question tellement essentielle de pluralisme politique. Si j'aborde ce thème, important surtout en période électorale, c'est suite aux dernières agressions perpétrées contre le parti PDP (dont certains membres furent molestés lors d'un déplacement à Sidi Bouzid sous le regard passif des forces de l'ordre), ou encore la censure du dernier numéro de leur journal (qui justement relevait cette attaque et le silence complice du ministre de l'intérieur). Si cette intimidation des opposants politiques n'a rien de nouveau dans notre pays, il est toujours bon d'évoquer ces atteintes à la liberté, histoire de nous soulager un petit coup et montrer aux générations futures, que nous nous en foutions pas comme doivent le penser ces autistes qui nous dirigent.
Ce qui vient d'arriver au PDP témoigne encore une fois combien ce multipartisme tant vanté par l'État, est la pire des hypocrisies lancée en 1999 par Ben Ali lui-même. Deux catégories d'opposants s'y côtoient. Ceux qui se tiennent aux consignes dictées par le régime et les autres qui luttent comme ils peuvent contre la machine du parti présidentiel. Il s'agit, ni plus ni moins, d'une mise en scène qui ne s'adresse pas vraiment au citoyen tunisien. Ce dernier, après un demi-siècle de dictature, a perdu son sens civique. Des principes aussi simples et essentiels que le pluralisme politique, la liberté d'expression ne font plus partie de ses exigences. Le régime se complait parfaitement dans cet apolitisme général qui lui donne carte blanche pour agir en toute liberté et impunité.
A Chaque public son spectacle
Ce spectacle monté de toute pièce se destine principalement aux observateurs internationaux. Le système Ben Ali reconnu à l'étranger pour ses vertus nocives contre les barbus et sa prétendue modernisation du pays veut vernir son image et se rendre plus sympathique aux yeux de ses soutiens occidentaux. Cependant, cette comédie n'échappe plus au tunisien qui, même s'il se désintéresse de la chose publique, n'est pas dupe et connait très bien la réalité du pluralisme à la tunisienne: Ce pluralisme n'a jamais été un débat entre des courants d'idées ou des tendances politiques. Il est et il reste un partage d'intérêts entre des individus d'un club select proches du président, qui débattent d'abord de l'avenir de leurs familles ...et peut-être, pardon pour cet oubli, de l'avenir du pays.
Voici donc le vrai pluralisme à la tunisienne:

16 avril 2009
"فلسفة الحكم لدى الرئيس بن علي" ou comment notre gentil État nous protège des DANGEREUX psychopathes
Un sombre personnage a été arrêté le 28 Mars sur la route de Jandouba. Il s'agissait d'un ingénieur de 44 ans qui a osé blasphémer les symboles de l'État en se portant candidat aux prochaines élections de 2009 (ici et ici). Selon les spécialistes dépêchés sur place, le comportement de l'individu révélait des symptômes de troubles mentaux et surtout un potentiel de contagion nécessitant l'internement immédiat du patient.
Son placement en chambre d'isolement à la Manouba jusqu'aux élections de 2014 lui permettra, inchallah, de retrouver ses esprits.
Notre gentil gouvernement veille ainsi sur la santé de chacun de nous grâce à ce genre de thérapie et surtout il nous protège contre les malades qui sévissent dans l'espace public et qui profanent nos symboles sacrés du Changement.

Notre gentil gouvernement a fait preuve d'autant de réactivité et de professionnalisme face à un autre cas désespéré de pathologie mentale. Il s'agit cette fois de fanatiques installés à l'avenue de la liberté à Tunis, membres de la secte dite "nouveau chemin" (Attariq Aljadid) et qui ont osé afficher depuis leur balcon l'icône de leur gourou (ici). Ces hystériques ont profité du climat de paix et de tolérance dont jouit notre pays depuis l'ère du changement pour perturber l'ordre public et nuire aux citoyens par leur paganisme affiché. Ces individus n'ont malheureusement pas été internés en urgence à la Manouba mais font l'objet d'une surveillance accrue.
Mes amis réjouissons-nous encore de cette sage philisophie de gouvernement et reconduisons à 99% notre cher président à sa propre succession sans quoi des fous, des psychopathes et des hystériques risquent de prendre le pouvoir et de nous priver de notre démocratie et de nos Droits de l'Homme!
29 mars 2009
Fête de la Jeunesse: hommage unanime au président

Ainsi selon un article de la Presse paru le 21 Mars :"Le nombre important de jeunes ayant signé
jusqu’ici le Pacte de la jeunesse tunisienne atteste l’adhésion des
jeunes Tunisiens au projet réformateur du Président Zine El Abidine Ben
Ali, leur attachement et leur fidélité à la patrie et leur engagement à
contribuer au développement de la Tunisie, à défendre ses intérêts et à
rehausser son prestige dans le concert des nations."
No comment.
(Autre post sur la question ici)
02 mars 2009
La Presse évoque Lampedusa

Dans un précédent post où j'évoquais l'affaire de jeunes clandestins tunisiens retenus à Lampedusa, j'affirmais à tort que nos médias officiels n'en avaient touché mot. Je n'ai pas imaginé un instant que la propagande puisse se préoccuper de ces jeunes "perturbateurs" qui nuisent à l'image de notre Disneyland-Tunisie et qui pourraient gâcher les festivités de la prochaine réélection de notre gentil président. C'était sans compter sur l'inventivité et l'imagination de nos journalistes de la presse qui à force de fumer du mauve voient du rose là ou ça vire au noir. C'est ainsi que dans cet article de la Presse nos comiques osent nous rapporter que nos jeunes clandestins félicitent le président qui a daigné s'intéresser à leur misérable condition. Ces fumeurs invétérés du mauve rajoutent en plus que le maire de Lampedusa salue l'attention particulière accordés par la Tunisie à ses ressortissants. Ils ont juste oublié de nous évoquer les scènes de liesses populaires où des italiens auraient exprimé leur soutien au président Ben Ali et leur reconnaissance à sa politique avant-gardiste...
L'hypocritocratie
Cette manière de retourner en faveur du régime le malheur de ces jeunes n'est pas sans nous rappeler la couverture des évènements du bassin minier où nos journalistes n'ont retenus de tout le mouvement social avec son lot de morts et de prisonniers que la prétendue politique présidentielle d'encouragement de PME (ici)... Ce procédé de désinformation devenu tellement habituel dans notre pays procède d'une philosophie de gouvernance particulière que l'État semble avoir adopté depuis 20 ans. Nous ne pouvons pas éternellement relever la cécité des journalistes et caricaturer leur articles sans rappeler qu'une volonté politique se cache derrière ce contrôle acharné des médias. Cette pratique s'explique en partie par la crainte de nos dirigeants de voir "la masse" réagir aux situations de crise qui frappent le pays. l'idée d'une possible empathie des masses envers les mouvements sociaux effraie l'État au point que la censure, l'occultation ou le travestissement de l'information s'érigent en institution étatique. Ce que je désigne par hypocritocratie c'est cette gestion consciente et rationnelle du mensonge. Maintenant, il nous reste à expliquer les motivations d'une telle politique. Est-ce seulement la protection du régime et les intérêts particuliers de la classe dirigeantes ou est-ce un paternalisme étatique bienveillant qui décide à notre place de nos sentiments, de nos idées et de notre intérêt général ?
C'est sur cette question ouverte mes amis que je clos ce post. En ce qui me concerne je reste convaincu que les meilleures intentions sont salies lorsqu'on use de tels moyens. Il ne s'agit pas seulement d'une éthique du pouvoir mais d'une méthode efficace de gouvernance qui mise sur la transparence et la critique pour rectifier et ajuster son action au profit de l'intérêt général...
10 février 2009
Reportage exclusif dans l'Usine Nationale du Changement
Les journalistes indépendants en Tunisie sont une espèce en voix de disparition. Les rares qui survivent dans cette jungle hostile subissent la chape de plomb du régime et leur travail s'épuise par la lutte qu'ils mènent contre les injures et les menaces. Parallèlement à ces "résistants", une colonie de journalistes d'un autre type sévit dans l'espace public. Ils passent leur temps à divertir le peuple et à l'éloigner du débat politique. Parmi eux une catégorie particulière est chargée de la propagande. Ceux là opèrent par les grands médias de masse, télés, journaux et radios. Ils portent la même marque de fabrique. Le blog DEBATunisie s'est introduit dans les usines de montage de ces spécimens et vous livre ce reportage exclusif. Vous y apprécierez la technologie de pointe, secret défense, développée depuis 21 ans...



29 janvier 2009
Du "Dialogue avec les jeunes" au... naufrage des jeunes

2008 sous le signe de la jeunesse
Le 21 Mars 2008, jour de la fête de la jeunesse, le président tunisien lance en grande pompe le "Hiwar Achabab" ou " Dialogue avec les jeunes". Il s'agit d'une pièce de théâtre qui s'est jouée durant des mois dans toute la république. Écrite par les plus grands auteurs mauves du parti, son scénario se voulait avant-gardiste: Aucun acteur sur scène, seulement des figurants et de préférence jeunes. Ils doivent pendant des heures simuler des débats et agiter des drapeaux. Le happening se termine par un serment solennel dans lequel chaque jeune signe au nom de la patrie son indéfectible et éternelle allégeance au Président Ben Ali, "pionnier et guide pour toujours" (ici) Les figurants partent ensuite rejoindre le reste du peuple tunisien dans le décor et les rideaux tombent.
2009 sous ... l'eau
Ce pacte digne des jeunesses fascistes des années 30 ( appréciez le cérémonial ici ou ici) devient d'un ridicule tragique quand 2009 démarre par le naufrage de 31 jeunes tunisiens(ici). Fuyant la misère et le chômage, ces jeunes se sont embarqués clandestinement vers l'Italie. 9 sont repêchés vivants tandis que le reste est porté disparu. Aucune nouvelle sur leur sort.
Ce n'est qu'un fait divers...
Ce tragique évènement qui pourrait être l'amorce d'un vrai débat national passe pour un fait divers banal. Nos mauves gèrent en interne ce type d'affaire en toute discrétion. Pour eux la marginalisation sociale de ces jeunes reste un problème marginal qui ne mérite aucune attention publique. Pour eux ils ne s'agit rien de plus que d'"éléments perturbateurs" qui nuisent à l'image du pays (rappelons à cet effet les jeunes de Gafsa). Pour eux, encore une fois, l'image du pays compte plus que le pays lui même!
En espérant qu'un miracle puisse sauver nos jeunes désœuvrés et qu'ils puissent atteindre l'Italie, disons encore une fois NON à cette hypocritocratie érigée pour nous faire croire que nous vivons dans Disneyland. Par ailleurs, méfions nous de la surenchère émotionnelle sur la tragédie de Gaza qui aveugle beaucoup de nos compatriotes. Par cette mise en garde je ne minimise nullement le drame des gazaouis. Je veux seulement rappeler que la cause palestinienne ne devrait pas occulter une cause qui nous concerne plus directement et qui, dans le fond, est peut-être tout aussi grave. J'assume cette comparaison: un malheur humain ne se mesure pas seulement au nombre de ses victimes ni à l'atrocité du crime, mais peut être par l'indifférence dans laquelle on abandonne ceux qui en souffrent.
Pour conclure je dirai que cette mascarade de Hiwar Achbab par ses slogans démagogiques crie aujourd'hui sa totale indifférence au sort de centaines d'autres jeunes qui préparent en silence leur prochaine Harqa...
Lire le témoignage de 3ayech mel Marsa (ici)
22 janvier 2009
Miracle à Gaza...


La Presse évoque ce miracle ici !





